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Vidéo transcription

Un prophète

Condamné à six ans de prison, Malik El Djebena ne sait ni lire, ni écrire. A son arrivée en Centrale, seul au monde, il paraît plus jeune, plus fragile que les autres détenus. Il a 19 ans. D’emblée, il tombe sous la coupe d’un groupe de prisonniers corses qui fait régner sa loi dans la prison. Le jeune homme apprend vite. Au fil des “ missions “, il s’endurcit et gagne la confiance des Corses. Mais, très vite, Malik utilise toute son intelligence pour développer discrètement son propre réseau…



Année de production: 2008

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Générique d'ouverture


VOIX D'HOMMES

Oh!

Hé, le rouquin! Viens m'enlever

les menottes, petit gros.

Qu'est-ce que tu me dis là?

Tu me traites de quoi?

Va te faire enculer!

D'accord? Enlève-moi

les menottes là, pédé!


Dans une salle sombre, MALIK entend des voix d'hommes qui se crient dessus.


VOIX D'HOMMES

Hé, les deux petites

salopes là-bas,

je vous ai pas oubliées, hein!


MALIK tente de voir ce qui se passe. Il est menotté et blessé au visage. Une porte s'ouvre et une lueur éclaire à peine l'endroit. Deux silhouettes entrent dans la pièce.


PREMIÈRE VOIX HOMME

Vas-y doucement.

Hé, arrête de tirer!

Arrête de tirer,

je te dis aussi, d'accord?!

Tu me pousses pas, toi!

Oh, je sais marcher tout seul.

OK? Ouais, je t'emmerde,

moi, enculé, va.

Me mettre au frais d'où?

Vas-y, vas-y,

enlève mes menottes!


DEUXIÈME VOIX D'HOMME

Je dois fermer la porte.


PREMIÈRE VOIX HOMME

Enlève les menottes!


DEUXIÈME VOIX D'HOMME

Je rentre pas là-dedans.

Vas-y, tu te prends pour qui?

Vas-y, enlève les menottes,

je te dis! Oh!


Les voix s'éloignent un peu et la pièce redevient sombre.


Plus tard, derrière une porte grillagée, un homme en complet arrive. Un policier ouvre la porte et l'homme entre dans la pièce.


DEUXIÈME VOIX D'HOMME

Vous vous calmez maintenant.


PREMIÈRE VOIX HOMME

Tu te prends pour qui toi?!


Derrière des vitres sales, des silhouettes se déplacent dans des couloirs.


L'homme en complet est l'avocat d'office. Il s'adresse d'abord à MALIK en arabe.


AVOCAT D'OFFICE

Malik, tu m'écoutes?


MALIK

Oui, oui.


AVOCAT D'OFFICE

(Propos traduits de l'arabe)

Tu me comprends?


MALIK

(Propos traduits de l'arabe)

Je crois que j'ai pris six ans.


AVOCAT D'OFFICE

T'es majeur maintenant. Tu vas

passer ton temps en centrale.

(Propos traduits de l'arabe)

Tu es avec les vrais durs.

(Donnant des documents à signer)

Tiens. Tu signes là.


MALIK

C'est quoi, ça?


AVOCAT D'OFFICE

Ça, c'est pour

l'aide juridictionnelle.


MALIK

C'est du «draham».


AVOCAT D'OFFICE

Du «draham» pour moi.

Il faut que je sois remboursé.

Tu signes là.


MALIK

Du pognon pour toi?


AVOCAT D'OFFICE

Oui.

Ça va?


MALIK signe les documents.


AVOCAT D'OFFICE

Alors?


Un des détenus ne cesse pas de crier au loin.


MALIK se retrouve dans un fourgon de transport. Il plie et replie un billet de banque et le cache dans la semelle décollée de sa chaussure. MALIK voit à peine à travers les grillages du fourgon le paysage de la ville que le fourgon traverse.


Dans l'établissement pénitencier, MALIK enlève tous ses vêtements. Il cache sa nudité avec ses mains.


GEÔLIER D'ACCUEIL

Levez les bras.

Plus haut. Paume des mains.

Passez vos mains

dans vos cheveux.

Ouvrez la bouche.

Tirez la langue.

Retournez-vous.

Montrez-moi

la plante de vos pieds.

L'autre. Baissez-vous.

Toussez.


Pendant qu'on procède à l'examen et la fouille à nu, un autre geôlier examine les vêtements et les chaussures. Il trouve le billet de banque dissimulé dans la chaussure.


GEÔLIER 2

Il y a pas d'argent ici.

Tu le retrouveras à la sortie.

Prépare un trousseau et une

paire de pompes pour monsieur.

(Montrant les chaussures)

Ça, c'est pourri.

Tu gardes pas ça ici.


Plus tard, le chef de la prison rencontre MALIK en entrevue.


CHEF DE LA PRISON

Vous avez quelqu'un dehors?


MALIK

Non, chef.


CHEF DE LA PRISON

Vous avez personne

pour vous envoyer de l'argent?


MALIK

Non, chef.


CHEF DE LA PRISON

À l'intérieur, vous connaissez

du monde? Ami, ennemi?


MALIK

Personne, chef.


CHEF DE LA PRISON

Vous passerez les premières

semaines en observation.

Le temps qu'on voie

à quoi vous ressemblez,

comment vous vous intégrez

ici, à la centrale.

Ensuite, on vous attribuera

une cellule définitive.

Vous êtes pratiquant?


MALIK

Quoi?


CHEF DE LA PRISON

Votre religion?

Vous voulez assister

à la prière?

Vous avez un régime

alimentaire spécifique?


MALIK

Non, rien de spécial, chef.


CHEF DE LA PRISON

Vous mangez du porc?


MALIK

Oui, oui.


CHEF DE LA PRISON

Pour cantiner,

comment vous allez faire

si vous avez personne dehors

pour les mandats?


MALIK

Je sais pas, chef.


CHEF DE LA PRISON

Vous voulez travailler?

Vous savez faire quelque chose

à part agresser les flics

avec une arme blanche?


MALIK

Les flics, j'ai rien fait--


CHEF DE LA PRISON

Une formation professionnelle?

Autre chose?


MALIK

Non.


MALIK est amené avec d'autres nouveaux venus dans une autre section de la prison. Il transporte quelques objets qui lui ont été attribués.


GEÔLIÈRE

Mettez-vous sur le côté,

s'il vous plaît.


PRISONNIERS

La porte, surveillant!

Ils sont mignons,

les nouveaux.


Les nouveaux détenus avancent dans les corridors de la prison.


Plus tard, dans l'atelier de couture de la prison, les détenus travaillent à leur machine à coudre. MALIK travaille sur une des machines. Il a quelques difficultés.


MALIK

Chef!


CÉSAR, un autre détenu lui donne des trucs.


CÉSAR

T'as ton fil là, tu vois?

Tu dois tirer bien en bas.

Tu relèves un peu le pied.


Après la journée de travail, les détenus sortent dans la cour. MALIK est dans son coin. Un détenu l'approche.


DÉTENU

Hé, c'est toi le nouveau?

Tu travailles à l'atelier, toi?


MALIK

Oui.


DÉTENU

T'as pas quelque chose

de l'extérieur?

Un portable,

du «shit», des médocs?


MALIK

Vas-y, qu'est-ce qu'il y a?

J'ai rien du tout.


DÉTENU

T'es pas assisté?

T'as pas de mandat?

T'as pas d'amis, toi?


MALIK

Tu veux quoi?


DÉTENU

Je veux tes pompes.

Elles sont belles, tes pompes.

Ça me plaît.

Il y a un moyen de les avoir?

Je te ramène des claquettes,

ça va te dépanner.


MALIK

Va te faire enculer et ap--


DÉTENU

Comment ça?


Le DÉTENU commence une bagarre avec MALIK. Très vite, un autre détenu y prend part et MALIK se retrouve au sol à se faire rouer de coups. Le DÉTENU lui retire ses chaussures.


DÉTENU

Pédé!


Les deux agresseurs s'éloignent. CÉSAR remarque la rixe et prend ses gars à part. MALIK se relève péniblement et retrouve les deux agresseurs dans un coin isolé. Il les confrontent et une nouvelle bagarre démarre. À nouveau, MALIK se fait rouer de coups.


DÉTENU

Tiens!


MALIK

Putain!


DÉTENU

Espèce de bâtard!


MALIK s'isole dans sa cellule, pendant les pauses.


De nouveaux prisonniers descendent du fourgon.


GEÔLIER

Attendez là.

Attendez.

En ligne là-bas contre le mur.


Depuis une fenêtre de la prison, VETTORI, un des membres du gang de CÉSAR, aperçoit les nouveaux venus.


VETTORI

Oh, César!

(Propos traduits du corse)

Va chercher Cesar.


CÉSAR rejoint VETTORI à la fenêtre.


VETTORI

(Propos traduits du corse)

Le type à droite.


CÉSAR

(Propos traduits du corse)

Pourquoi il est là ce sale Arabe?


VETTORI

(Propos traduits du corse)

Ils ont dû le transférer ici

pour le procès de Farraldo.


Les nouveaux arrivants attendent sous un portique. Un gardien leur fait signe d'entrer.


CÉSAR marche dans les couloirs de la prison. Un gardien l'interpelle depuis le poste de garde.


GARDIEN

Luciani, infirmerie.


CÉSAR attend devant la grille de l'infirmerie. La porte s'ouvre.


CÉSAR

(S'adressant au préposé de l'infirmerie)

Luciani, consultation.


Le préposé de l'infirmerie la porte d'un cabinet. CÉSAR attend dans la salle en fumant une cigarette. Un homme entre dans la salle.


CÉSAR

(Propos traduits du corse)

Alors?


INFORMATEUR DE CÉSAR

(Propos traduits du corse)

Il est ici pour le procès

de Farraldo.

Son avocat a fait un marché.

Pour une peine moins lourde.

Il est ici jusqu'au procès.

Jacky Marcaggi veut

que tu le supprimes.


CÉSAR

(Propos traduits du corse)

C'est quand le procès?


INFORMATEUR DE CÉSAR

(Propos traduits du corse)

Le 14.


CÉSAR

(Propos traduits du corse)

Dans dix jours?

C'est court.

Il se doute de rien?


INFORMATEUR DE CÉSAR

Normal. Comme un mec

qui va balancer,

il a déjà demandé son transfert

chez les barbus.

Si je fais trop traîner,

il va demander l'isolement.

Et là, ce sera vraiment plié.


Dans la cour, CÉSAR et sa bande occupent un territoire. PROF, un des membres du groupe discute avec CÉSAR.


PROF

(Propos traduits du corse)

Il ne voit personne.

Ne sort jamais.

Ne mange pas.


CÉSAR

(Propos traduits du corse)

Il a demandé le quartier

des musulmans.

On doit le faire dans sa cellule.


VETTORI

(Se joignant à la conversation)

(Propos traduits du corse)

Attaque claire?


CÉSAR

(Propos traduits du corse)

Ça ne peut pas être un des nôtres.

Gardez les oreilles ouvertes.

On trouvera un moyen.


VETTORI

(Propos traduits du corse)

On a des contacts au A?


PROF

(Propos traduits du corse)

Personne à part le gardien.


Dans la prison, des détenus distribuent le dîner dans les cellules des détenus des quartiers arabes.


GARDIEN ARABE

(Propos traduits de l'arabe)

Ouvre! Le dîner!


L'ARABE ouvre la porte de sa cellule.


GARDIEN ARABE

(Propos en français)

On t'a pas dit qu'il faut

que la porte soit ouverte

pendant le repas?


L'ARABE

Oui, on me l'a dit.


L'ARABE referme sa porte sans prendre de repas.


DÉTENU SERVEUR

(Propos traduits de l'arabe)

Tu ne manges pas?


L'ARABE

(Propos traduits de l'arabe)

Non. Juste du pain.


DÉTENU SERVEUR

(Propos traduits de l'arabe)

Du pain.


L'ARABE

(Propos traduits de l'arabe)

L'autre.


L'ARABE prend son pain.


DÉTENU SERVEUR

Bon «app».


L'ARABE

C'est quand le courrier ici?


DÉTENU SERVEUR

Le matin.


L'ARABE

OK.


Le détenu serveur passe à la cellule de MALIK.


DÉTENU SERVEUR

Ça va bien?


MALIK

Oui, ça va.


DÉTENU SERVEUR

Du pain?

Tiens.

Bon «app».


MALIK s'enferme dans sa cellule pour manger. Plus tard, MALIK se rend aux douches. MALIK remarque qu'un autre détenu l'observe par un trou dans la paroi entre les douches.


MALIK

Tu veux quoi, toi!


DÉTENU VOYEUR

Je te reconnais.

On est au même étage.

C'est quoi ton nom?


MALIK

Qu'est-ce que ça peut

te foutre, mon nom?


DÉTENU VOYEUR

Tu sais dans quel bâtiment

tu vas, toi?


MALIK

Quoi, tu sais, toi?


DÉTENU VOYEUR

Oui, dans le B.

Faut que tu demandes le B. C'est

là qu'ils mettent les cousins.


Le VOYEUR passe la main par une fente près du mur.


DÉTENU VOYEUR

(Propos traduits de l'arabe)

Approche.

J'ai dit approche.

Tu veux du «shit»?


MALIK

Du «shit»?


DÉTENU VOYEUR

Oui, du «shit». Ça t'intéresse?


MALIK

Oui, mais j'ai rien.

J'ai rien pour payer, moi.


DÉTENU VOYEUR

C'est pas grave, on s'arrange.


MALIK

Quoi, on s'arrange?


DÉTENU VOYEUR

Allez, j'en parle aux matons,

je te fais venir

dans ma cellule, tu me suces.


MALIK

Quoi?


DÉTENU VOYEUR

Oui, tu me suces.


MALIK

Va te faire enculer,

fils de pute!

(Propos traduits de l'arabe)

Je devrais te sucer?

Fils de pute!

Va te faire enculer!

Ta gueule! Enculé...


MALIK sort de la douche et passe devant celle du détenu voyeur, qui en fait se nomme REYEB.


VOIX D'UN GARDIEN

Calmez-vous là, oh!


De retour dans sa cellule, MALIK regarde des revues à caractère pornographique. Une annonce au micro lui donne le signal pour quitter sa cellule.


MALIK travaille à l'atelier de couture. Ensuite, il sort avec les autres détenus. SANTI, un de membres du groupe de CÉSAR s'approche avec une cigarette.


DÉTENU VOYEUR

Ça va?

On se voit à la promenade?


MALIK marche dans la cour. Derrière lui, CÉSAR et son groupe semblent le guetter. SANTI rejoint MALIK près d'une grille.


SANTI

Allez, viens là, toi.


PILLICCI rejoint SANTI et tous deux, ils encadrent MALIK face à CÉSAR et VETTORI.


CÉSAR

T'as quel âge?


MALIK

19 ans, pourquoi?


CÉSAR

Tu me regardes pas

quand tu parles.

Tu regardes le mec

qui est à côté.


VETTORI

C'est moi que tu regardes.


CÉSAR

On m'a dit

que t'avais pris six ans.

Putain, ça va être long,

six ans, hein?

T'as déjà eu des problèmes

dans la cour.

Tu crois que tu vas tenir

longtemps sans protection?


MALIK

Je tiendrai le temps

qu'il faudra.


CÉSAR soupire.


MALIK

Vous voulez quoi là, oh?


PILLICCI tient MALIK et lui montre un couteau.


CÉSAR

Te protéger. Tu parles arabe?


MALIK

Oui, oui, je parle arabe.


CÉSAR

Il y a un mec qui t'a parlé

dans les douches hier.

Tu le connais?

Qu'est-ce qu'il voulait?


MALIK

Je sais pas, il voulait parler.

Pourquoi?


CÉSAR

Me regarde pas, je t'ai dit.

Parce que je veux

que tu continues.

Je veux que

tu t'approches de lui

et que tu deviennes pote

avec lui.


MALIK

Pourquoi?


CÉSAR

Parce que tu vas le tuer.


Les sbires de CÉSAR poussent MALIK vers l'avant.


CÉSAR

Penche-toi.


SANTI

Penche-toi près de lui.


CÉSAR

Moi, je crois

que tu peux le faire.

Tu vas pas être seul,

on va être avec toi.

Et dis-toi bien une chose:

à partir du moment

où tu le sais,

si tu le tues pas,

c'est moi qui te tue.

Casse-toi, casse-toi.


SANTI

Oh, c'est clair?

Maintenant, tu te casses et tu

fermes ta gueule, t'as compris?


MALIK retourne vers la cour, tout chamboulé. Plus tard dans sa cellule, MALIK panique. Il pleure en marchant dans tous les sens. Au bout d'un moment, MALIK appuie sur le bouton de l'interphone.


VOIX DU GARDIEN

J'écoute.


MALIK

Je peux parler au directeur?


VOIX DU GARDIEN

Il y a une procédure.

Faites une demande d'audience

et il vous répondra.


MALIK

Et le...


La communication est coupée. MALIK appuie de nouveau sur le bouton de l'interphone.


MALIK

Et le chef de détention...


VOIX DU GARDIEN

Oui?


MALIK

Et le chef de détention,

je peux lui parler? Maintenant.


VOIX DU GARDIEN

C'est pour quoi?


MALIK

Faut que je lui parle!


VOIX DU GARDIEN

Attendez, je vais voir.


La communication est coupée de nouveau. La porte de la cellule s'ouvre. Le chef de détention entre dans la cellule.


MALIK

J'ai un problème, chef.


Très vite, VETTORI et PROF s'enfoncent dans la cellule et couvrent la tête de MALIK avec un sac plastique.


VETTORI

L'administration,

c'est nous, ici.

Tu lui veux quoi

à l'administration?

Rien!

Alors, tu fermes ta gueule

et tu fais ce qu'on te dit.


Les deux hommes lâchent MALIK qui reprend péniblement son souffle.


Plus tard, c'est au tour de PROF de rendre visite à MALIK.


PROF

Le Reyeb, il se méfie.

Ça m'étonnerait qu'il te laisse

entrer sans réfléchir.

(Giflant MALIK)

Oh? Tu m'écoutes ou quoi, là?

Je recommence. Tu me regardes?


MALIK

Oui.


PROF

Ça m'étonnerait qu'il te

laisse entrer sans réfléchir.

Quand t'y vas, faut que t'aies

rien sur toi ni dans les poches.

Il faut que tu parles, que

tu aies l'air naturel comme ça.

Des nouvelles de ta mère,

bla, bla, bla, le parloir.

Tu parles normal.


PROF appuie sur la jugulaire de MALIK.


PROF

Coupe là.


PROF se penche à hauteur du bassin de MALIK qui est très inconfortable.


PROF

Tu lui caresses un peu

les couilles.

Tu poses ton autre main

sur son épaule.

Tu prends appui

et tu y vas. Compris?


MALIK essaie un premier contact avec REYEB dans la douche.


MALIK

Je voulais te dire,

je suis d'accord pour le «shit».


REYEB

Hein? J'ai pas entendu.


MALIK

Je suis d'accord pour le «shit».


REYEB

OK, je vais prévenir le maton.


MALIK

Quoi?


REYEB

(Propos traduits de l'arabe)

Recule.


MALIK

Quoi?


REYEB

(Propos traduits de l'arabe)

Je t'ai dit de reculer.


MALIK recule pour que REYEB le regarde dans le trou.


REYEB

Tourne.

(Propos traduits de l'arabe)

Retourne-toi!

Baisse tes mains!


Dans sa cellule, MALIK se prépare pour la rencontre avec REYEB. Il pratique à dissimuler une lame dans sa bouche sans trop se blesser.


MALIK vaque à ses occupations à l'atelier de couture et remarque un détenu qui se fait tabasser. Il décide de participer plutôt que d'être spectateur et roue de coups l'homme déjà à terre.


VOIX D'UN DÉTENU

Gardien!


À la fin de la journée, MALIK sort de l'atelier et remarque CESAR qui discute avec un gardien. MALIK s'arrête devant CÉSAR et se retrouve vite seul avec lui et le PROF.


GARDIEN 2

El Djebena, on y va.


Le gardien s'éloigne. CÉSAR s'adresse à MALIK.


CÉSAR

T'as eu un problème

à l'atelier, c'est ça?

Il a fait quoi?


PROF

Il a savaté un mec.


CÉSAR

Ah bon, t'as savaté un mec?

Qu'est-ce qu'il t'avait

fait, le mec?


MALIK

Rien.


CÉSAR

Il t'a rien fait

et tu l'as savaté, c'est ça?

Tu sais à quoi je pense?

Je pense que t'as fait ça

pour aller au mitard.

Je me trompe?

Parce que tu crois qu'une fois

que tu seras au mitard,

on viendra pas te chercher

pour faire ce que t'as à faire.

C'est ça?


CÉSAR enfonce un poing dans l'abdomen de MALIK.


CÉSAR

Petite pute! Petite pute!

Petite merde! Petit con!


CÉSAR donne des coups de pieds sur MALIK.


PROF

Arrête, César!


CÉSAR ne s'arrête pas.


PROF

(Propos traduits du corse)

Arrête, Cesar!

Arrête!


MALIK se tient en boule pour se protéger des coups.


Plus tard, PROF donne d'autres conseils à MALIK dans sa cellule.


PROF

Il y aura du sang partout,

alors tu fais gaffe aux traces.

Si t'as marché dedans,

t'enlèves tes godasses.

La lame, t'oublies pas

de la laisser dans ses doigts.

Bon, allez, à toi maintenant.

Tu fais la fille.


MALIK est accroupi devant le PROF et défait sa boutonnière. MALIK se relève.


PROF

(Poussant MALIK)

Si tu y mets pas du tien,

on va pas y arriver!


PROF oblige MALIK à s'agenouiller et lui donne une lame à dissimuler dans sa bouche.


PROF

Allez.


MALIK caresse l'entrejambe de PROF, puis se redresse avec la lame entre les dents de manière à pouvoir trancher l'artère dans le cou.


PROF

Voilà. C'est bien.


MALIK est seul dans sa cellule. Il est prêt pour aller aux douches. Une fois dans les douches, MALIK dissimule la lame dans sa bouche. Il attend qu'on vienne le chercher.


UN GARDIEN

Allez, on y va.


MALIK avance jusqu'à la cellule de REYEB qui le fait entrer rapidement dans sa cellule en le collant au mur.


REYEB

Entre.

Bouge pas.


REYEB accroche une corde au verrou pour fixer tenir la porte bien fermée.


REYEB

Lève les bras.

Lève les bras, je te dis.


REYEB fouille MALIK.


REYEB

Désolé, mais j'ai pas

que des amis ici.


MALIK commence à caresser REYEB.


REYEB

C'est moi qui décide. OK?

Assieds-toi.

Non, là, sur le lit.

Sur le lit, je te dis.

Tu veux quelque chose?

De la flotte?

(Propos traduits de l'arabe)

Café?


MALIK

Café.


REYEB

OK.

Ça t'intéresse?


MALIK

Quoi?


REYEB

Les bouquins.

Tu aimes lire?


MALIK

Je sais pas.


REYEB

Tu sais pas quoi?

Tu sais pas lire, c'est ça?

Tu sais, c'est pas trop tard.

Il y a une école à la prison.

Tu peux apprendre ici.

Sucre?

L'idée, c'est de sortir un petit

moins con qu'on est rentré.


REYEB s'assoit près de MALIK. Ensuite il lui donne quelque chose que MALIK met dans sa poche.


REYEB

Tiens.

Tu sais, je te vois dans la cour.

Tu tournes toujours tout seul.

En plus, t'es toujours fringué pareil.

T'as pas de copains ici?

Personne?

Moi, je suis en transit.

Je vais pas rester.

Je te laisserai des bouquins

si tu veux.

Même si tu sais pas lire,

tu pourras apprendre.


À la télé qui est ouverte des gens crient.


REYEB

(Fermant la télé)

Putain, mais ferme

ta gueule, toi.

Ça va?

Hé? Ça va ou pas?


MALIK se lève et tourne le dos à REYEB.


REYEB

Qu'est-ce que tu fais là? Viens.

Viens là.


MALIK se retourne la lame entre les dents, mais REYEB se défend. MALIK renverse REYEB en lui tenant fermement la mâchoire pour l'empêcher de parler ou de crier et de l'autre main, lui tranche l'artère. Le sang gicle. REYEB s'effondre après s'être débattu. MALIK se redresse en pleurant. Le corps de REYEB fait quelques soubresauts avant de figer. MALIK ramasse la lame et va au lavabo pour retirer ses vêtements pleins de sang. Il lave la lame puis la dépose dans la main de REYEB. Ensuite, il sort en prenant soin de ne pas être vu. De retour dans sa cellule, MALIK lave ses vêtements. Dans la cour, des torches enflammées tombent des fenêtres. Les hommes crient.


Le jour suivant, MALIK sort de l'atelier après sa journée de travail. SANTI le croise et lui donne un sachet contenant des cigarettes et d'autres cadeaux.


SANTI

De la part de César Luciani.

Maintenant, t'es sous

sa protection.


MALIK reste toujours seul dans sa cellule.


Dans une salle de classe de la prison, MALIK rencontre RYAD.


RYAD

J'ai revu ta fiche.

T'as pratiquement rien rempli.

Ça t'intéresse?

Pourquoi t'as pas rempli alors?


MALIK

Je comprends pas.


RYAD

Tu veux apprendre?


MALIK fait oui, un peu gêné.


RYAD

C'est toi qui as écrit ton nom.

Tu reconnais un peu les lettres.

Tu sais un peu écrire.


MALIK

Oui, un peu.


RYAD

T'es allé jusqu'où à l'école?


MALIK

Jusqu'à 11 ans.


RYAD

Quand tu vois écrit:

«Entrée», «Sortie»,

«Danger», tu reconnais?


MALIK fait signe que oui.


RYAD

Le français, c'est ta langue

maternelle?

Tu parlais quoi avec tes

parents? Le français? L'arabe?


MALIK

Je sais pas, j'étais pas avec eux.


RYAD

Qu'est-ce que t'as parlé

en premier?

Le français ou l'arabe?


MALIK

Les deux.


RYAD

C'était où ton école?


MALIK

C'était au foyer.


Plus tard, MALIK commence les cours. L'enseignant enseigne les bases de la lecture et de l'écriture. MALIK feuillette un cahier qui s'adresse aux enfants du primaire.


ENSEIGNANT

Il y a un mot avec un «A»,

mais dans lequel

on n'entend pas «A».


DÉTENU ÉLÈVE

Le quatrième mot.


ENSEIGNANT

Le quatrième mot,

c'est quel mot celui-là?


DÉTENU ÉLÈVE

«Dans.»


ENSEIGNANT

«Dans.»

Reprenons le deuxième mot.

Le deuxième mot, vas-y.


DÉTENU ÉLÈVE

«Canard.»


ENSEIGNANT

«Canard.»

Dans ce mot-là,

vous avez deux syllabes.

Ca-nard.

Vas-y, répète-moi ça,

en détachant bien

les deux syllabes.


MALIK

Ca-nard.


ENSEIGNANT

Super.

Dans la première syllabe,

«ca», le «A» se trouve en début

ou à la fin de la syllabe?


MALIK

Au début.


ENSEIGNANT

Répète.


MALIK

Ca... nard.


MALIK dort dans sa cellule. Un homme est couché près de lui. MALIK rêve à ses derniers moments avec REYEB. Dans son rêve, il tue REYEB avec une fourchette. MALIK se réveille. REYEB est assis dans la cellule. Son doigt s'allume comme une bougie. REYEB chante Bonne fête en arabe.


REYEB

(Propos traduits de l'arabe)

Joyeux anniversaire, mon frère.


REYEB souffle lentement sur son doigt et la flamme disparaît.


Texte narratif :
1 an


C'est l'hiver, la cour de la prison est couverte de neige. Les détenus sortent et s'amusent dans la neige. CÉSAR est son gang règnent dans leur coin. Des cris s'élèvent et très vite, les détenus s'attroupent pour assister à une bagarre. Les détenus arabes se rassemblent et l'un d'eux tente de contenir la grogne.


DÉTENU ARABE

(Propos traduits de l'arabe)

(S'adressant aux deux hommes qui se battent)

Arrêtez!

Vous n'avez pas honte?

Oh, dégagez maintenant.


Dans son coin, CÉSAR observe sans broncher.


VOIX D'UN GARDIEN

(Diffusant un message)

Sections B et D,

évacuation immédiate.


DÉTENU

On dirait des animaux!


VOIX D'UN GARDIEN

(Diffusant un message)

Évacuation immédiate.


MALIK observe aussi la scène en restant dans son coin. Les détenus arabes continuent de s'engueuler et de s'affronter. CÉSAR fait signe à MALIK d'approcher.


CÉSAR

C'est quoi ce service d'ordre?

Tu les connais, eux?


MALIK

Qui?


CÉSAR

Les barbus, là.


MALIK

Non.


VETTORI

Putain, ces Arabes...

Les chiens, au moins,

quand ils s'enculent,

ils font ça en silence.


Plus tard, dans la salle de repos, CÉSAR et ses hommes sont assis autour d'une table. MALIK s'occupe de ramasser des verres.


MOSCONI

(Propos traduits du corse)

3 euros 40.

Ça fait combien?

En francs?


CÉSAR

(Propos traduits du corse)

L'argent c'est l'argent


MOSCONI

(Propos traduits du corse)

Vingt francs?


VOIX D'HOMME

Passe-moi les gâteaux,

s'il te plaît.


MALIK

(s'adressant à SANTI)

Tu peux continuer pour moi,

s'il te plaît?


SANTI

Tu peux pas en taper un autre?

C'était moi la dernière fois.


MALIK

C'était pas toi.


SANTI

(Désignant PROF)

Pourquoi tu le tapes pas, lui?


PROF

Tu veux quoi?


MALIK

Je veux du savon, des granolas

et du Coca, s'il te plaît.


PROF

Non, pas de Coca.


MALIK

Pourquoi, pas de Coca?


PROF

Parce que c'est ma carte

et j'y mets pas de Coca.


MALIK

Qu'est-ce qu'on en a à foutre?

Ça serait pour moi.


VETTORI

Tu fais chier toi maintenant!

Arrête de taper là, comme ça.

T'as pas quelqu'un

à taper au bled?

De l'autre côté,

chez tes potes, non?

(Propos traduits du corse)

(S'adressant à CÉSAR en corse)

Ça m'énerve qu'il soit là.

Il n'est pas des nôtres.

Il peut faire le ménage.

Mais quand il a fini,

il se tire. Sale Arabe.


CÉSAR

(S'adressant à MALIK)

Bon, t'as fini, casse-toi.


MALIK sort et se retrouve seul dans sa cellule. REYEB est là à l'observer.


MALIK

(Imitant l'accent corse)

Va chier!

Va chier, toi, Arabacciu.

(Propos traduits du corse)

Sale Arabe.


MALIK parle tout seul.


MALIK

(Propos traduits du corse)

Il te reste combien à faire?

Encore deux... trois ans.

Et toi...


MALIK utilise un guide d'apprentissage du corse pour parfaire ses connaissances de la langue.


MALIK

(Lisant)

Rabia: rage.

Rabiosu: rageur, furieux.

(Mémorisant)

Rabia: rage.

Rabiosu: furieux, rageur.

(Lisant)

Rachja: croasser.

Rachja: croasser.

Radica: racine.

Radica: racine.

Radica: racine...


MALIK marche des les couloirs des quartiers arabes de la prison. Il s'arrête devant la salle de prière.


DÉTENUS ARABES

(Priant)

Allahu akbar.

Allahu akbar.


MALIK poursuit ses études.


PROFESSEUR

L'électricité, c'est

comme de l'eau dans un circuit.

Quelle que soit

la grosseur des tuyaux,

le débit sera toujours le même.

L'électricité,

c'est la même chose.

L'intensité sera la même

en lien 2 ou 3.


RYAD, un autre détenu, aide MALIK à faire ses travaux d'école.


RYAD

Il faut que tu remplaces tous

les «on» par des «nous».

T'as compris?


MALIK

Oui, oui.


RYAD

«On mangea d'abord.» Vas-y.


MALIK

Nous mangeons d'abord.


RYAD

Non, alors regarde.

C'est bien pour «nous»,

mais «mangeons», au passé,

ça donne quoi?


MALIK

Nous av... Nous avons mangé.


RYAD

Voilà, bien joué.

«Nous avons mangé»,

ça, c'est au passé.

Maintenant, tu me le mets

au passé simple.

Nous... mangeâmes.


MALIK

«Nous mangeâmes», bordel,

ça se dit, ça? Nous mangeâmes?


RYAD

Oui. Je l'ai jamais dit,

mais ça se dit.


Plus tard, MALIK et RYAD fument une cigarette près d'une fenêtre.


RYAD

Un jour, je vois

une annonce et tout.

«Recherche gardien.»

Bon, j'avais pas de chien.

Donc je vais en acheter

un d'occase.

Je connaissais pas, tu vois.

J'ai acheté un Rottweiler.

T'as vu comment c'est,

un Rottweiler?

En plus, il s'appelait Tyson.

C'est pas moi qui l'ai appelé,

il s'appelait comme ça, Tyson.

Il était immense, le machin.

Tu vois ça?

C'était la taille

de ses cacas, mon frère.

Wallah, il faisait

des chiasses comme «as».

Plus gros que les miennes.

Enfin... Je travaillais

dans un magasin.

Tu sais, les grandes surfaces?

Je laisse le chien et tout,

tu vois.

Il fait son petit tour

et moi, je vais dehors.

Je fume une clope.

Je vais pour entrer

dans le magasin: impossible.

Parce que le chien,

il me reconnaissait pas.

Il me reconnaissait

une fois sur deux.


MALIK

Ton chien, il te

reconnaissait plus?


RYAD

Mais c'était un fou, le chien.

Tyson, c'était un guedin.

Je rentre dans le magasin

et je le vois, il arrive sur moi

en cavalant.

Je tends mon bras.

J'avais tellement peur.

Il m'a chopé comme «as»: tac!

Réflexe: je prends

ma bombe lacrymo,

je le gaze, il me lâche.

Je sors du magasin

en panique, tu vois.

«Comment je vais

faire?», machin et tout.

Je le laisse à l'intérieur.

Deux, trois heures après,

les employés, ils arrivent.

Moi, j'ai pas vu. Il y en a qui

passent par les portes derrière.

Je sais pas par où

qu'ils rentrent, tu vois.

Ils se sont pas fait becter

(Propos en verlan)

par «l'iench».

Il les a tous défoncés,

le Tyson.

Tyson...

On aurait dit Karim du bloc B.


MALIK et RYAD marchent dans le corridor. Les gardiens procèdent à une fouille improvisée de certains détenus.


GARDIEN

Qu'est-ce que

tu fous là, Djebena?


MALIK

Je ramène les bouquins

de la classe.


GARDIEN

OK, tu circules.

(S'adressant à RYAD)

Toi, tu viens ici avec moi.


MALIK

Attend Chef, il est avec moi.

On étudie ensemble.


DÉTENU ARABE

Ryad, qu'est-ce que

tu fous avec ce mec?


RYAD

C'est un frère.


DÉTENU ARABE

C'est un Corse!


MALIK

(Propos traduits de l'arabe)

Sale connard!


AUTRE DÉTENU ARABE

Tu me traites de «halouf»?

Espèce de porc!


MALIK

(Propos traduits de l'arabe)

Porc. Tu me traites de porc?


MALIK lâche ses livres par terre et saute sur le BARBU qui continue de l'insulter.


MALIK

(Propos traduits de l'arabe)

C'est qui le porc?

Je suis un porc?


RYAD retient MALIK pour l'empêcher de se battre.


MALIK

Lâche-moi, putain! Lâche-moi!

Comment il me parle ce bâtard!


RYAD

Arrête.


AUTRE DÉTENU ARABE

(Propos traduits de l'arabe)

On n'est pas en Corse!


RYAD

(Propos traduits de l'arabe)

Tu es irrespectueux.


MALIK commence une autre journée. Il va chercher du pain et des draps propres.


CHEF DES GARDIENS

El Djebena?

Tu diras à ton patron

que j'ai un nouveau maton

à lui présenter.


Plus tard, MALIK va au local réservé au gang de CÉSAR. Il dépose les pains sur la table où CÉSAR, VETTORI et le prof sont en train de manger.


CÉSAR

T'as les journaux?


MALIK

Pas encore arrivés.

Je suis passé

prendre le linge.


CÉSAR

Tu peux le chauffer.


MALIK

Pour tout le monde?


CÉSAR

Oui.


CÉSAR

T'as vu Ibanez?


MALIK

Oui. Il passera après

avec le nouveau maton.


Le reste de la conversation se passe en langue corse. Après le repas, CÉSAR LUCIANI s'approche de la grille avec ses hommes. Chacun passe devant le nouveau gardien.


CÉSAR

Luciani.


VETTORI

Vettori.


ANTARRO

Antarro.


SANTI

Santi.


CECCALDI

Ceccaldi.


PROF

Profundi.


MOSCONI

Mosconi.


PILLICCI

Pilicci.


VALPATO

Valpato.


CORLEONI

Corleoni.


MALIK

El Djebena.


CÉSAR regarde la télé dans sa cellule.


VOIX D'UN REPORTER TÉLÉ

Les 600 familles des victimes

seront indemnisées.

Des obsèques nationales

seront organisées

dans les prochains jours.


LECTRICE DE NOUVELLE

Le ministre de l'Intérieur annonce

que les condamnés corses seront

désormais détenus

près de leur famille,

information révélée

par Le Journal du dimanche.

Une revendication

longtemps réclamée

et qui semble aboutir

avec le regroupement décidé

par Nicolas Sarkozy

des prisonniers politiques.

Un geste qui n'a

pas encore été commenté

par les nationalistes.

Gilles Marinet.


VOIX D'UN DÉTENU

Oh César!


GILLES MARINET (Narrateur)

Les nationalistes l'avaient rappelé

avec force lors des journées

de Corte en août dernier.

Le regroupement

des militants détenus,

qu'il qualifie

de prisonniers politiques...


CÉSAR se lève et ouvre la fenêtre.


CÉSAR

Oh?


VOIX PROVENANT DE LA COUR

(Propos traduits du corse)

T'es là?


CÉSAR

Oui.


VOIX PROVENANT DE LA COUR

(Propos traduits du corse)

Tu as entendu les nouvelles?

On sort quand?


CÉSAR

(Propos traduits du corse)

Quand le conseil des ministres

en aura décidé.


VOIX PROVENANT DE LA COUR

(Propos traduits du corse)

Bientôt?


CÉSAR

(Propos traduits du corse)

J'en sais rien.


Plus tard, CÉSAR se rend dans les salles d'entrevues.


CÉSAR

(Se présentant au gardien)

Luciani, Me Sampiero.


CÉSAR entre dans une des salles d'entrevue où son avocat l'y attend.


ME SAMPIERRO

Je peux pas te dire

qui en sera,

mais je peux déjà te dire

qui en sera pas.

Toi, t'en seras pas, tu le sais.

Pilicci, Antarro

et le Prof non plus.

Vous avez fait des conneries.


CÉSAR

À l'époque, on n’appelait pas ça

des conneries, nous.


ME SAMPIERRO

Santi et Vettori, ils sont

libérables dans six mois,

alors pour eux...


CÉSAR

Ce que tu m'annonces,

c'est que je vais crever

seul ici, quoi.


ME SAMPIERRO

(Propos traduits du corse)

Ne parle pas comme ça.

Tu n'es pas seul.

Tu es respecté dehors.


CÉSAR

(Propos traduits du corse)

Et ici?


ME SAMPIERRO

(Propos traduits du corse)

Ici.


Dans une autre section, RYAD et MALIK sont devant un tableau d'affichage.


RYAD

Hé, surveillant, ça fait

trois affiches que je mets.

C'est un manque de respect,

hein.

Honnêtement...


MALIK

C'est quoi, l'imam Moussab?

Tu bosses pour eux?


RYAD

Il s'occupe de la réinsertion

des taulards malades.

Moi, il m'a trouvé

un petit boulot.

Je bosse aussi un peu pour lui

et un de ces quatre,

ça va bien, «Inch'Allah»,

j'ai un vrai «taf».


MALIK

Pourquoi, t'es malade?


RYAD

Oui, c'est pour ça

qu'ils m'ont donné

une grâce et que je sors.


MALIK

Tu sors, toi?


RYAD

(S'adressant à un autre détenu)

«Ouech», bien la famille?


RYAD et MALIK entrent dans la bibliothèque de la prison.


DÉTENU ARABE

Tranquille.


MALIK

T'as quoi?

(Propos en verlan)

T'as le «dass»?


RYAD

Non, j'ai pas le «dass».

Qu'est-ce qui t'arrive

de parler comme ça?


MALIK

(Saluant quelqu'un)

Tu vas bien?


AUTRE DÉTENU

Oui, oui.


MALIK

(S'adressant à RYAD)

Bon, t'as quoi alors?


RYAD

Le cancer des couilles.


MALIK

(Riant)

Tu te fous de ma gueule! T'as

pas le cancer des couilles, toi!


RYAD

Crie-le sur tous les toits.

Pourquoi tu gueules,

«zébi»?

C'est terminé en plus.


MALIK

Bon, ça va mieux alors?


RYAD

«Hamdoullah», ça va mieux.


MALIK

Ça fait mal?


RYAD

Non, ça fait pas mal.

C'est juste la chimiothérapie

qui fait mal.

(Propos en verlan)

Ça t'arrache les «veuches».

On dirait que t'as 80 piges.

T'es toujours fatigué.

Mais sinon, ça va.

Hamdoullah, t'as vu.

C'est terminé. Il paraît qu'on

peut même avoir des enfants.


MALIK et RYAD s'assoit à une table.


MALIK

(Glissant quelque chose sur la table)

Tiens. Pour tes couilles,

mon frère.


RYAD

Bien joué.

(Prenant un journal.)

Bon, c'est quoi ton signe, toi?


MALIK

Cancer.

Ça va, je rigole!

Je me fous de ta gueule.

Non, je suis Bélier. Bélier.


Le soir venu, CÉSAR réfléchit dans sa cellule.


VOIX DE DÉTENU

(Propos traduits du corse)

Au revoir, César!

Prends soin de toi.


Un groupe de détenus corses quittent la prison. Dans le couloir, ils crient des adieux à César! [DÉTENU CORSE

(Propos traduits du corse)

On n'oubliera pas, César!


VOIX DE DÉTENU CORSE

(Propos traduits du corse)

Sois fort, Volfoni!

On se voit à Bastia!


Les détenus corses avancent dans les couloirs de la prison en chantant un chant patriotique.


CÉSAR déprime dans sa cellule. Il se couche et pose son oreiller sur sa tête pour ne plus entendre ceux qui partent heureux.


Après le départ des détenus corses, MALIK reste fidèle à CÉSAR. Il nettoie sa cellule. Le téléphone de CÉSAR vibre.


MALIK

C'est toi qui portes

le téléphone?


CÉSAR

(Parlant au téléphone)

Oui, Jean?


La brève conversation est en langue corse.


MALIK

(Parlant du téléphone)

Pourquoi tu le donnes pas

à quelqu'un d'autre?


CÉSAR se recouche sur son lit en soupirant.


MALIK

(Propos traduits du corse)

Je parle votre langue.

Je parle votre langue.


CÉSAR

(Propos traduits du corse)

Quand j'étais au téléphone...

tu as tout compris?


MALIK

(Propos traduits du corse)

Tu parlais à un avocat.


CÉSAR

(Propos traduits du corse)

Un quoi?


MALIK

L'avocat, le...

(Propos traduits du corse)

Un avocat?


CÉSAR

«Avocado»

(Propos traduits du corse)

Qui t'as enseigné?


MALIK

(Propos traduits du corse)

Toi et les autres.

Je regardais et j'écoutais.


CÉSAR

Tu nous espionnais, quoi?


MALIK

Non, non, je vous espionnais

pas du tout.

J'apprenais. J'ai...

Enfin, j'écoutais.


CÉSAR

T'étais là.

Regarde-moi!

Je comprends pas.

Si tu nous espionnais pas,

qu'est-ce que tu fais?

Tu te fous de notre gueule,

c'est ça?


MALIK

Pas du tout, si je me foutais

de votre gueule,

je l'aurais jamais dit.


CÉSAR

Pourquoi tu me le dis là?

Parce que les autres

sont partis, c'est ça?

(Propos traduits du corse)

Regarde-moi, l'Arabe.

Parce que les autres sont partis?

C'est ça?


MALIK

Oui.


CÉSAR

Il y a quelqu'un d'autre

qui le sait?


CÉSAR soupire, puis il s'élance et frappe d'un direct MALIK.


CÉSAR

Oups, eh bien, dis donc...

C'est parti tout seul, hein.

Viens t'asseoir là.

(Plus fort)

Pose ton cul là!

(Sortant son téléphone)

C'est toi qui vas le garder

maintenant.

Tu le gardes,

mais tu t'en sers pas.

Tous les matons

ne sont pas des Ibanez...

... et s'ils le trouvent,

tu iras au mitard.

Tu continues à t'occuper

du linge, à faire le ménage.

Ibanez va te faire transférer

dans la cellule d'à côté.

Et moi, je vais

te faire passer «auxi».

Tu seras payé

et tu pourras cantiner.

Tu pourras te balader partout

dans la taule.

(Propos traduits du corse)

Tu seras mes yeux et mes oreilles.


MALIK

Et pour les autres?


CÉSAR

Quoi, mes amis?

Tu les surveilles

comme les autres.

Ça va? T'es content?

T'as l'air de faire la gueule, là.


MALIK

Non, ça me va. Ça ma va.


CÉSAR

Bien, dis-le.


MALIK continue ses besognes quotidiennes en gardant l'oeil ouvert et change de cellule. Dans ses nouveaux quartier, il a un téléviseur et un petit frigo. MALIK commence aussi un nouveau travail aux cuisines.


Texte narratif :
Les yeux les oreilles


MALIK fait le service des repas dans les couloirs de la prison. MALIK est de plus en plus confiant avec ses nouvelles responsabilités.


Dans le local réservé au gang de CÉSAR, les membres du gang jouent aux cartes. MALIK joue aussi, tout en écoutant la conversation.


AMARRO

(Propos traduits du corse)

Qu'est-ce qu'il dit, César?


PROF

(Propos traduits du corse)

L'avocat va aider son frère.


VALPATO

(Propos traduits du corse)

Il s'en fiche de mon frère.

Ma femme a laissé 10 messages.

Il n'a jamais rappelé.

Pareil pour Santi et Castelli.

Aucune nouvelle.


PROF

(S'adressant à MALIK.)

Alors, tu la joues,

cette carte?


Dans la cour, plus tard, MALIK accompagne CÉSAR. Dans la prison, on lui confie des tâches spéciales, comme laver les vitres de la cage des gardiens. MALIK fait des rapports réguliers à CÉSAR, dans la cour. Le soir, il a le privilège de regarder des films porno. Les cris provenant du téléviseur de MALIK ne laissent pas les autres détenus insensibles. JORDI LE GITAN approche MALIK dans la cour.


JORDI LE GITAN

Tu t'es branlé, toi?

Moi, ce que j'aime, t'sais,

c'est quand ça se passe

dans des châteaux.

Les femmes, elles sont

mieux sapées, plus propres.

Tu t'es branlé

combien de fois, toi?

C'était à quel moment?


MALIK

Putain!

On s'en fout à quel moment.

(Donnant quelque chose à JORDI)

Fais passer.


JORDI LE GITAN

Putain, t'as vu quand

il y avait le chauffeur là?

Quand elle a le changement

de vitesse dans la chatte,

après il la prend par le cul,

il commence à lui mettre

des petites claques

sur les fesses et tout.

J'aime bien la scène

avec la blonde aussi

quand elle suce

le mec de la blonde.

Après t'as la blonde qui

arrive avec le gros clébard.


MALIK

(Donnant des cigarettes à JORDI)

Tiens, je te donne

le reste demain.

Sinon tu fais beaucoup de «thunes»

avec ton « biz» là?


JORDI LE GITAN

C'est pas énorme.

C'est pour pouvoir cantiner,

pour ma «conso» à moi.


MALIK

Oui, oui, pour ta cantine.

Et...

Et ça te dirait qu'on bosse

un peu ensemble?


JORDI LE GITAN

Bien, je comprends pas trop

le jeu que tu joues.


MALIK

Je joue à aucun jeu, moi.


JORDI LE GITAN

Moi, je veux pas de problème

avec les Corses.


MALIK

Je marche pour ma gueule, moi.

Si tu me dis qu'on peut cantiner,

tu connais pas

tout le monde dans le C.

Tu vends pas à tout le monde.


JORDI LE GITAN

(S'adressant à un autre détenu)

Ça va? En forme?


JORDI LE GITAN fume de la drogue dans sa cellule. MALIK est avec lui.


JORDI LE GITAN

Tu feras quoi, toi, dehors?


MALIK

Hein?


JORDI LE GITAN

Quand tu seras dehors,

tu feras quoi?


MALIK

Je sais pas. Et toi?


JORDI LE GITAN

La même chose qu'ici,

mais en grand.


MALIK

Du «shit»?


JORDI LE GITAN

Oui, du «shit».

J'ouvre un commerce de gros.

Marbella-Paris, trois bagnoles,

600 kilos par voyage.

Tu me crois pas?


MALIK

Non, je...

J'essaie juste de me représenter

600 kilos, ça fait quoi.


JORDI Ça fait ça. [JORDI prend deux boules de haschich et les place devant ses yeux.


JORDI LE GITAN

Tu ne vois plus rien derrière.


Plus tard, en pleine nuit, le téléphone de CÉSAR vibre. MALIK se réveille et laisse sonner. Il se lève et frappe sur le mur mitoyen de sa cellule et celle de CÉSAR. CÉSAR répond en donnant aussi des coups. MALIK dépose le téléphone dans une chaussette et la passe par la fenêtre grillagée. La chaussette est nouée à une corde que MALIK balance pour que CÉSAR puisse l'attraper de la cellule voisine.


CÉSAR

Je l'ai.


MALIK s'assoit sur son lit et attend. La voix étouffée de CÉSAR traverse le mur. Soudain, le ton monte et les mots deviennent plus clairs.


VOIX DE CÉSAR

(Propos traduits du corse)

Ils sont morts sans raison!

C'est toi qui les as tués!


Au matin, CÉSAR se réveille. Il est abattu. Plus tard, MALIK s'occupe du ménage de la cellule de CÉSAR.


MALIK

T'as encore besoin de moi?


CÉSAR

Tu sais quoi

de mes affaires, toi?


MALIK

Tu m'as dit de rester

à ma place.


CÉSAR

Allez.


MALIK

Je sais pas, moi. Vous avez

des histoires avec des Italiens,

des histoires de casinos

dans le sud.

Quoi? Qu'est-ce qu'il y a?


CÉSAR

Il te reste combien à tirer, toi?


MALIK

Trois piges.

Avec les grâces, deux et demi.


CÉSAR

T'es à la moitié, alors?


MALIK

Oui.


CÉSAR

T'as le droit aux permissions.

T'as posé un dossier?


MALIK

C'est l'avocat

qui s'en occupe.


CÉSAR

Et il a posé un dossier?


MALIK

Bien oui.

Pourquoi tu me demandes ça?


CÉSAR

Tu poses ta demande

de conditionnelle,

moi, je m'arrange pour

faire avancer le dossier.

Et entre-temps, t'as le droit

à des permissions.

Alors, tu sors pour moi,

tu rentres et t'es payé.

T'en dis quoi?


MALIK

C'est quoi le risque?


CÉSAR

Le risque,

il y a pas de risque.

C'est de rester ici, le risque.


MALIK se rend à une salle d'entrevue pour rencontrer son avocat. CÉSAR est avec lui.


AVOCAT DE MALIK

Le temps que la demande

arrive sur le bureau du juge,

qu'il l'étudie, qu'il demande

des renseignements

supplémentaires,

faut pas compter

pour avoir une réponse,

pas avant cinq, six mois.

Et je dis une réponse, hein.

J'ai pas dit une réponse positive.


CÉSAR

T'as une carte, là,

avec ton fixe et ton portable?

Tu me la donnes?

Il s'appelle Sampierro.

Il est avocat et c'est lui

qui va t'appeler.

S'il a besoin de documents,

de renseignements, tu lui donnes.

Tu fais tout ce qu'il te dit.

C'est toi qui vas

présenter le dossier,

mais c'est lui qui le prépare

et c'est lui qui te paye.


AVOCAT DE MALIK

Et pour le juge

d'application des peines?


CÉSAR

T'inquiète pas,

il t'expliquera.


CÉSAR se lève et frappe à la porte pour qu'on lui ouvre. Il sort. MALIK reste seul avec son avocat.


AVOCAT DE MALIK

(Propos traduits de l'arabe)

C'est qui?

C'est qui ces types-là?

C'est qui ces voyous?

Tu m'avais pas dit que c'était

une affaire comme ça.

Tu sais ce que je risque, moi,

avec ton copain? La radiation.


MALIK frappe à son tour sur la vitre de la porte.


AVOCAT DE MALIK

J'ai pas besoin de ça, hein.


MALIK

Fallait le dire avant.

(Propos traduits de l'arabe)

Rien à faire.


CÉSAR et MALIK retournent à leurs quartiers.


CÉSAR

À partir de maintenant,

t'es le détenu modèle.

T'es «auxi» et t'es le meilleur

«auxi» de toute la taule.

T'as des examens, tu révises.

Et le téléphone, d'ici jusqu'à ce

que tu sortes,

c'est Antarro qui va le garder.


MALIK

Il va se douter.


CÉSAR

T'inquiète pas, je lui dirai

que tu me casses les couilles,

il me croira.


MALIK vaque à ses occupations sans heurt.


RYAD (Narrateur)

Salam, frère.

Ta lettre m'a fait

grave plaisir.

D'abord, j'ai de tes nouvelles.

Ensuite, je constate

que t'as fait des putains

de progrès dans l'écriture.

T'écris vraiment comme un chef.

Ça fait plaisir.

Ça prouve au moins

que j'ai servi à quelque chose.

Parce que je peux te le dire

maintenant, c'était pas gagné.

Pour ce que tu m'as demandé,

je vais voir ce que je peux faire.

Là, j'ai fait une demande de parloir

et j'arrive te voir.

Ici, la vie, c'est pas terrible.

Je vais pas te faire le coup

du «C'était mieux là-bas

que dehors», mais

franchement... c'est duraille.

Djamila travaille

à peine à mi-temps

et avec le petit, parfois,

c'est vraiment une galère.


Dans sa cellule, MALIK accroche une photo de RYAD et son épouse qui venait avec la lettre. Ensuite, il décroche une page de magazine porno qui détonne à côté du couple de mariés musulman.


RYAD (Narrateur)

Quant à moi,

j'ai trouvé un petit boulot

par le foyer de l'imam Moussab.

C'est dans un centre d'appel.

C'est payé une misère,

mais je ferme ma gueule

et je m'accroche.

Garde la pêche.

Ton frère, Ryad.


Au centre d'appels, le responsable donne une formation. RYAD est parmi les embauchés.


FORMATEUR CENTRE D'APPEL

On va simplifier. Les filles,

s'appellent Martine

et les mecs Jean-Pierre.


RYAD

J'ai une question.


FORMATEUR CENTRE D'APPEL

OK, comment tu t'appelles?


RYAD

Je m'appelle Ryad Mneli.


FORMATEUR CENTRE D'APPEL

Ici, c'est Jean-Pierre.

T'as le droit encore à une

faute. C'est quoi ta question?


Un jour, RYAD visite MALIK avec son bébé. MALIK prend l'enfant.


RYAD

Attention.

Mets ta main sous sa tête.

Ta main sous sa tête.


MALIK

Attends.


RYAD

Vas-y. Voilà.

Issam, je te présente Malik.

C'est ton parrain.


MALIK

(Souriant en regardant l'enfant)

C'est moi.


Ensuite, MALIK tient un document et RYAD a repris son fils.


RYAD

C'est un garage

de mécanique générale.

Le patron, il t'a signé

une promesse d'embauche.

Ton entrevue, c'est bon aussi.

Il attend juste la date du JAP.

Je t'en avais parlé.

C'est le mec qui s'occupe

des bagnoles de l'imam.

Il a déjà pris des anciens

du foyer. Il connaît.

Sinon, tu sais ce que

tu vas faire pour eux?


MALIK

Non.


RYAD

Ça te gêne pas?


MALIK

Non. Je sors, je suis payé.

Toi, si ça te gêne,

si c'est trop risqué,

t'as pas besoin de ça

en ce moment, tu le dis.


RYAD

Risqué quoi?

T'es un dingue ou quoi?

Je suis dans la réinsertion,

moi. Hein?

Hein, on va se réinsérer, nous.

(Embrassant son bébé)

Ya habibi.


Plus tard, dans la cour, MALIK discute avec JORDI.


JORDI LE GITAN

Les mecs, ils sont

à 20 bornes de Paris.

Gaffe, les radars.

130, bien réglo et tout.

Tout d'un coup, pstt!

La caisse qui tombe en panne.

Elle continue encore

un petit peu sur son élan.

Elle va mourir tu sais où?


Pendant que JORDI raconte, on voit les gars qui poussent la voiture.


JORDI LE GITAN

L'entrée d'une station-service.

Les mecs, ils descendent,

ils commencent à pousser la caisse.

Et là, devine qui c'est

qui vient pour donner

un coup de main?

Vas-y, devine, juste comme ça.


On revient au présent dans la cour.


RYAD

Qui?


JORDI LE GITAN

Devine.


RYAD

J'en sais rien, moi.


JORDI LE GITAN

La douane volante, mon pote!

Douane volante.

100 kilos. 100 kilos,

on s'est fait péta!


De nouvelles images de l'événement montrent le gang couché à plat-ventre au sol, les mains menottées dans le dos. Un homme entre dans une toilette publique, il tient un sac. Ensuite, il cache le sac dans le plafond suspendu, puis il s'enfuit, mais se fait attraper dans un champ.


On retourne au présent, dans la prison. MALIK n'est pas confortable d'entendre cette histoire.


MALIK

Pourquoi tu me racontes ça?

Tu veux quoi?


JORDI LE GITAN

Putain, mon ami, tu sors, toi.

Tu sais bien ce que je veux.

Ça va, merde. On est

en affaires, toi et moi.

C'est mon «shit» que tu fumes

tous les jours, non?


MALIK

Je vais risquer le mitard pour

tes putains de tombées de camion

et toi, tout ce que tu me

proposes, c'est du «shit».


JORDI LE GITAN

Je te parle de business.


MALIK

Regarde-moi bien.


JORDI LE GITAN

(Montant le ton)

Putain de merde!


GARDIEN

Retournez dans votre cellule!


JORDI LE GITAN

Mon dessert, monsieur!


GARDIEN

Dans votre cellule.


Trois personnes examinent les demandes de libérations conditionnelles et de permissions pour bonne conduite.


JUGE

Bien, Monsieur le procureur,

quel est l'avis du parquet?


PROCUREUR DE LA DÉFENSE

Au regard des éléments

mis en avant par le CIP,

je ne m'oppose pas

à ce que vous fassiez droit

à la demande de permission

de sortie de M. El Djebena.

Je vous demanderai simplement

de limiter la durée à 12 heures

et de l'assortir d'une astreinte

à se présenter au commissariat.


JUGE

Bien, merci,

monsieur le Procureur.

(S'adressant aux autres personnes présentes)

Vous avez d'autres remarques?

Faites entrer le détenu.


MALIK entre dans la salle d'auditions.


JUGE

Bonjour, M. El Djebena.


MALIK

Bonjour.


JUGE

J'ai décidé de vous accorder

cette permission de sortie.

Vous sortirez à 7 heures

et devrez être impérativement

rentré à 19 heures.


De retour dans sa cellule, MALIK réfléchit.


REYEB est assis devant lui.


MALIK

(S'adressant à REYEB)

Putain, c'est dégueulasse

ton truc, là.

Fais quelque chose.


MALIK montre son cou, comme pour parler de la gorge tranchée de REYEB.


Un gardien accompagne MALIK à la porte pour sa première permission de sortie. Au poste, le gardien prend la feuille signée de l'autorisation de sortie.


CHEF DES GARDIENS

Merci. La porte.

Bonne journée, El Djebena.

À ce soir.


MALIK

Bonne journée, gardien.


Il fait encore nuit quand MALIK sort de la prison. Plus tard, MALIK est assis dans une voiture. Il savoure le paysage.


RYAD

Vas-y, ferme la fenêtre.

C'est le bordel, mon frère.

Ferme la fenêtre.

(Donnant un téléphone à MALIK)

Tiens, regarde.

Je t'ai pris un téléphone.


Sur le téléphone, il y a une note auto-collante.


RYAD

Ça, c'est mon numéro.

Comme ça, tu peux me joindre.

T'as le temps de passer

à la maison voir Djamila?

Elle voit personne.

Allez, viens, viens.


MALIK se présente à un poste de police pour se rapporter.


POLICIER

C'est pour la journée?


MALIK

Jusqu'à 19 heures.


RYAD et MALIK vont rencontrer le garagiste. Ensuite, MALIK prend le métro jusqu'à un point de rendez-vous où une voiture l'attend. Dans la voiture, maître SAMPIERRO est déjà là.


ME SAMPIERRO

Ça va, César?


MALIK

Hier, ça allait.


ME SAMPIERRO

Bon, on te conduit

à une adresse et tu déposes ça.


MALIK

Et après?

Tu reviens, c'est tout.

César m'a dit que tu posais

pas de questions.


ME SAMPIERRO

César m'a dit

que je serais payé.


SAMPIERRO sort une enveloppe de sa poche.


ME SAMPIERRO

Pour après, d'accord?


CHAUFFEUR

(Propos traduits du corse)

On fait quoi là-bas?


ME SAMPIERRO

(Propos traduits du corse)

On attend qu'il revienne.


ME SAMPIERRO

(Propos traduits du corse)

Et s'il y a un problème?


ME SAMPIERRO

(Propos traduits du corse)

On s'en fout.


MALIK regarde par la fenêtre, mais ne semble pas très rassuré.


CHAUFFEUR

(Propos traduits du corse)

C'est un trou perdu.


ME SAMPIERRO

(Propos traduits du corse)

Là, sur la droite.

Ici. Sur la droite.

Gare-toi.


La voiture s'arrête devant une rue déserte. C'est un cul de sac.


CHAUFFEUR

(Propos traduits du corse)

Il y a une voiture devant.


MALIK avance devant une maison. Il entre dans la cour en portant une mallette. Il frappe à la porte. Un homme vient ouvrir.


HOMME

(Propos traduits du corse)

C'est un Arabe!

Le courrier, c'est un Arabe!

Il entre?


L'HOMME ouvre la porte et agrippe MALIK par la veste pour le tirer à l'intérieur.


MALIK

Qu'est-ce que tu fais?!


L'HOMME pousse MALIK dans un escalier et le fait s'agenouiller, un fusil sur sa nuque pendant qu'un homme assis dans la pénombre regarde le contenu de la mallette.


HOMME 2

(Propos traduits de l'arabe)

T'es qui, toi?


MALIK

Malik... Malik El Djebena.


HOMME 2

(Propos traduits de l'arabe)

Qui t'a envoyé?


MALIK

(Propos traduits de l'arabe)

Luciani.


HOMME 2

(Propos traduits de l'arabe)

Luciani est en taule.

T'es qui toi?


MALIK

Je suis en taule avec lui!


HOMME 2

(Propos traduits de l'arabe)

T'es en taule ou pas?


MALIK

Je suis en «perm'»

pour la journée, voilà.


HOMME 2

Tu travailles pour ces ordures?


MALIK

(Propos traduits de l'arabe)

Je travaille pour personne.

Que pour moi.

On me dit de livrer, je le fais.


HOMME 2

(Propos traduits du corse)

Tout est là?


HOMME

Oui.


MALIK

C'est bon? Je peux y aller là?


HOMME 2

(Propos traduits de l'arabe)

Tu n'oublies rien?


MALIK

Quoi?


HOMME 2

(Propos traduits du corse)

Tu ne sais pas pour l'échange?


MALIK

Non.


Des hommes amènent une personne ligotée avec un sac sur la tête. Ils le posent sur le sol et déguerpissent.


HOMME

On se casse, yallah!


L'homme au sol pleure. MALIK doit le porter sur son dos pour retourner à la voiture. L'homme blessé déblatère. C'est SANTI.


MALIK

Ferme ta gueule.


SANTI

(Propos traduits du corse)

Appelle César.

Il faut que tu appelles César.


MALIK dépose SANTI sur le bord d'un mur pour prendre son souffle. MALIK fait un appel téléphonique.


MALIK

Allô. C'est moi.

Oui, El Djebena, oui.

Mais il y a un problème.

Je suis pas seul,

je suis avec Santi.


Une voiture arrive à toute vitesse dans la rue où MALIK attend avec SANTI. SAMPIERRO sort de la voiture et soulève SANTI. Le CHAUFFEUR lui vient en aide. Ils installent SANTI dans la voiture.


CHAUFFEUR

(S'adressant à SAMPIERRO)

Bon bien, rue de Madrid.

(Propos traduits du corse)

Ils attendent.


SAMPIERRO est encore dans la rue avec MALIK.


ME SAMPIERRO

Bon, faut qu'on y aille, là,

hein. Tu peux rentrer tout seul?


MALIK

Oui. Il y a quelque chose

à dire à César?


ME SAMPIERRO

Non, je l'appellerai.


ME SAMPIERRO

Toi, tu fais pas le con

et tu rentres à l'heure, hein?

C'est peut-être pas

la dernière fois

que tu travailles pour nous.


SAMPIERRO s'engage dans la voiture.


MALIK

Ah non...


ME SAMPIERRO

Qu'est-ce qu'il y a?


MALIK

(Faisant signe pour l'argent)

Quoi qu'est-ce qu'il y a?


ME SAMPIERRO

(Donnant l'enveloppe à MALIK.)

Ciao.


MALIK se fait conduire en taxi et descend devant un petit centre commercial. Dans les toilettes publiques, MALIK récupère le sac qui avait été déposé dans le plafond, comme lui avait raconté JORDI. Ensuite, MALIK se rend dans une épicerie avec son sac. Avant de repartir pour la prison, MALIK laisse le sac à RYAD qui l'emmène en voiture. RYAD prend connaissance du contenu du sac.


RYAD

Putain...

Il y a combien, là?


MALIK

25 kilos.

Il y a ça aussi.

(Donnant son enveloppe à RYAD)

5000.


RYAD

Il y a 5000 euros, là?

Et 25 kilos de «teushi»?

Ça, dans la journée?


Pendant le trajet pour la prison, MALIK expose son plan à RYAD.


MALIK

Oui.

Faut trouver des mecs

qui stockent et

des mecs qui vendent.

Nous, on s'occupe

d'approvisionner.

On monte des convois.

On va chercher le matos

direct à la source.

Le Gitan a des contacts.

Il faut trois bagnoles,

des grosses gammes.

Paris-Marbella: 1800 bornes.

On les fait dans la nuit.

Une bagnole devant

pour ouvrir la route.

Quinze bornes derrière,

tu mets la bagnole chargée.

Et encore derrière,

une bagnole escorte.

C'est que de l'autoroute.

Les voitures restent en liaison

téléphonique toute la nuit.

On garde une sortie

entre chaque bagnole.


RYAD

Attends, attends,

j'ai jamais fait ça, moi.


MALIK

Et alors, c'est quoi le problème?

Moi non plus, j'ai jamais fait ça.

Tu t'occupes de la cité

et moi, de la taule.

Je remonte la liste des parloirs.

Celle des types en «perm'»,

je démerde avec eux.

Jordi, lui, il a un contact pour

faire rentrer par les cuisines.

Je t'expliquerai.

Le blé qui rentre,

on met la moitié dans le «biz».

Le reste, on le partage

entre nous: toi, moi

et le Gitan.


RYAD

C'est bon, ça.


MALIK

Sur ma part,

tu me fais des mandats

et avec ce qui reste,

bien, on verra.

Il est quelle heure là?


RYAD

6 h 45.

Je vais te dire un truc,

mon frère.

Je vais te dire un truc.

Tu ressors quand tu veux.


MALIK s'annonce à la porte de la prison.


MALIK

El Djebena, Malik. 35-114-T.


Pendant la fouille à nu, le gardien pose des questions.


GARDIEN

C'était quoi? Un stage?


MALIK

Oui, chef mécanique auto.


GARDIEN

Ça vous plaît la mécanique?


MALIK

Je me pose pas la question.

Je me réinsère, chef.


GARDIEN

Baissez-vous.

Toussez.


Plus tard, MALIK discute avec CÉSAR.


MALIK

Sampierro a dit que j'allais

ressortir pour vous.


CÉSAR

Et t'en penses quoi?


MALIK

Du bien.


CÉSAR

Eh bien, tu vois.

T'as vu qui à part Sampierro?


MALIK

Mon pote, celui

qui s'occupait du garage.

Pourquoi? Il y a un problème?


CÉSAR

Non, je veux que les choses

soient claires.

Quand tu sors pour moi,

tes sorties m'appartiennent.

Voilà, c'est tout.


MALIK

Et ici, c'est quoi le deal.

Je continue à faire l'Arabe.


CÉSAR

Oui, tu fais le larbin.


À la télé, MALIK regarde un jeu-questionnaire de mots.


MALIK est en classe, c'est le temps des examens.


PROFESSEUR

Vous écrivez vos noms

sur la partie supérieure droite

de la feuille et vous repliez.

Vous avez une heure

pour le français.

Nous terminerons par l'économie.

Vous répondez directement

sur la feuille.


MALIK fait son contrôle.


Texte narratif :
Économie


Le temps passe. Tel que prévu les livraisons passent par les cuisines. Ou par des visites de conjointes. MALIK et JORDI font des affaires dans la cour.


JORDI s'approche d'une fenêtre grillagée et crie vers la cour.


JORDI LE GITAN

Oh ma gueule!

J'ai des nouvelles de ta mère!


MALIK ne s'implique pas. Il observe les allées et venues de JORDI dans la cour.


En classe, MALIK continue d'apprendre.


PROFESSEUR

Allez, messieurs.

À vos places, s'il vous plaît.

Je vais vous distribuer

vos sujets d'économie.


MALIK achète des appareils électroniques.


MALIK

(S'adressant au livreur de courrier)

Bonjour. Ça va?

Il y a des piles avec?

Des grosses.


MALIK peut même se payer une fille de joie qui vient à la prison.


MALIK

Salut.


SOPHIE

Salut.


MALIK

Malik.


SOPHIE

Sophie.


Après la rencontre avec la fille, MALIK doit passer au contrôle.


Un jour, dans la cour, MALIK discute avec CÉSAR.


CÉSAR

(Parlant d'un groupe d'Arabes)

C'est moi qui délire

ou ils sont de plus en plus

nombreux?

Ils vont bientôt sortir

les tapis, tu vas voir.

Avant, la cour, c'était nous.

Heureusement

qu'ils sont bien cons.

C'est vrai, s'ils arrêtaient

de penser avec leurs couilles,

ils seraient à un autre stade

sur l'échelle de l'évolution.

Tu devrais quand même aller

faire un petit tour là-bas

pour voir ce qui se passe.


MALIK

Non, je crois pas.


CÉSAR

Quoi, «je crois pas»?


MALIK

Quoi?

Tu veux quoi? Que j'aille

me faire allumer là-bas ou quoi?


CÉSAR

Pourquoi tu te ferais

allumer là-bas?


MALIK

Tu déconnes.

Pour eux, je suis corse, César.


CÉSAR

Oh, mais dis donc!

Ils ont vraiment

de la merde dans les yeux.


MALIK

Tu fais muter un ou deux

de tes matons dans le B,

tu leur mets bien

la pression et après,

c'est eux qui viendront

manger dans ta main.


CÉSAR

Eh bien, tu vois...


MALIK

Moi, je dis ça,

c'est juste une idée d'Arabe

qui pense avec ses couilles.


MALIK est de retour dans sa cellule. Il tient un DVD qu'il vient de recevoir. C'est un faux James Bond qu'il s'empresse de mettre dans le lecteur. En fait c'est une vidéo de RYAD.


RYAD

Je vais te présenter

les potes, ils sont là,

comme ça, tu vas les connaître.

Marbella, mon pote!

Ça, c'est Khalid.

C'est pour toi, mon frère!

Viens, viens. Ça, c'est

Michka. Ça, c'est Michka.

Là, c'est Damien.

Et là, il y a Olivier.

Dis bonjour à mon pote Malik.

Attends, toi!

Comment tu t'appelles?

Me llamo Fernanda.

Et j'aime la bite!


La fille montre ses seins nus. Autour d'elle, le groupe d'hommes hurle.


RYAD ET SES AMIS

Marbella!

Marbella! Marbella!


CÉSAR a une discussion avec le CHEF DES GARDIENS.


CÉSAR

Dis-moi, dans le B là,

ils font quoi, les barbus?

Ils font entrer des choses?

Ils font des «deals»?


CHEF DES GARDIENS

Non, non, ils se tiennent.


CÉSAR

Ah bon? Ils ont

vraiment rien, quoi?


CHEF DES GARDIENS

Non.


CÉSAR

Je sais pas,

tu crois pas que...

Ça serait bien

que tu envoies là-bas

deux, trois types

de chez toi, des nerveux?

Histoire de leur foutre

la pression?


CHEF DES GARDIENS

Mais pour quoi faire

la pression?

Pour quoi faire?

Pour qu'ils sachent

qui est le patron,

quelle main il faut lécher,

quel service il faut rendre.

Ça te paraît pas évident, ça?


CHEF DES GARDIENS

Bien non.

Avant, vous étiez 20,

maintenant, vous êtes cinq.

Tu vois un peu la différence

ou pas du tout?


CÉSAR

Qu'est-ce qu'il y a

comme différence?


CHEF DES GARDIENS

Je peux pas faire pour cinq

ce que je faisais pour 20.


CÉSAR

Si tu peux rien faire pour

nous, qu'est-ce que tu fous là?

Tu veux aller ailleurs? Dis-le,

je vais en parler à Marcaggi.


CHEF DES GARDIENS

Non, non, ça va, je--


CÉSAR

Ça va quoi?


CHEF DES GARDIENS

Je vais me débrouiller.

Je vais voir ce que--


CÉSAR

Tu vas te débrouiller?

(Propos traduits du corse)

Réfléchis un peu.

(Très en colère)

Demain, tu me diras

ce que tu pourras faire pour moi.


MALIK est avec un groupe de détenus arabes. Ils s'arrêtent devant une grille. Dans le couloir face à la grille, un autre groupe de détenus arabes circulent. HASSAN s'arrête devant la grille.


HASSAN

«Assalamu alaykum».


MALIK

«Wa alaykum assalam».


HASSAN

On a un problème, mon frère?


La situation évoquée par HASSAN est présentée. Les gardiens font des recherches dans les cellules de l'aile des détenus arabes. Les détenus sont pris à partie et se font malmener par les gardiens. Puis, on revient à la conversation entre HASSAN et MALIK qui marchent ensemble dans un couloir.


MALIK

Dépose une plainte

à l'administration.

Qu'est-ce que tu veux

que je te dise!


HASSAN

Si tu parlais à Luciani,

il pourrait faire quelque chose.


MALIK

Je comprends pas.

Je comprends pas.

Tu me dis que je suis

le chien des Corses

et maintenant, tu me demandes

d'aller leur lécher

les couilles pour toi?


HASSAN

C'est pas pour moi que tu le

fais, c'est pour nous.

On est frères.


MALIK

Attends, faut que je m'excuse

d'être le larbin des Corses

en faisant le larbin pour vous,

c'est ça l'histoire?

Putain, Hassan, quand

tu demandes quelque chose,

apprend à le faire.


HASSAN

Tu veux quoi?


MALIK

Je sais pas. Il y a quoi

pour moi là-dedans?


HASSAN

Du respect.

Tu me prends pour un Corse?


MALIK

Qu'est-ce qui t'arrive?

T'as pris la confiance, là?


MALIK

Vas-y, va. Je vais voir

ce que je peux faire. OK?


Plus tard, MALIK accompagne CÉSAR à l'infirmerie de la prison. CÉSAR se présente au bureau des gardiens.


CÉSAR

Luciani.


Dans une salle d'examen, HASSAN rencontre CÉSAR.


HASSAN

C'est ici que tu donnes

tes rendez-vous maintenant?


CÉSAR

Bien oui, c'est chauffé, c'est

intime. On a vue sur la mer.

Assieds-toi.


HASSAN

Non, ça ira.

Qu'est-ce que tu veux alors?


CÉSAR

J'ai un problème à Marseille.

C'est un cousin à vous,

Brahim Lattrache, tu vois.

J'aimerais que tu lui fasses

passer un message.

Tu lui dis que César Luciani

est prêt à discuter en direct.

D'accord?


HASSAN

Je vais voir.

Et pour les matons

qui nous font chier?


CÉSAR

Bien, je vais voir.

Brahim Lattrache

à Marseille, hein.


CÉSAR sort de la salle d'examen en premier. MALIK le suit.


De retour dans sa cellule, MALIK observe par sa fenêtre les allées et venues dans la cour. REYEB est dans la cellule.


REYEB

Tu vois le type en rouge?

Il va s'arrêter et repartir

dans l'autre sens.

Les deux qui courent, là,

tu vois le petit

avec la casquette?

Bien, il va se mettre

à faire des pompes.

Et le basket, maintenant.

Regarde. Regarde le panier.


Des hommes jouent au basket, mais le ballon n'entre pas dans le panier.


MALIK

Raté, ça. Dans le cul.


REYEB

Non, non, l'autre.


En effet, un des prisonniers met aisément le ballon au panier. MALIK est un peu mythifié.


MALIK

Et pour moi alors,

tu vois rien?


REYEB s'approche de la fenêtre.


REYEB

Si, la neige.


Soudain, il commence à neiger. MALIK tend le bras dehors pour s'assurer qu'elle est vraie.


RYAD roule en voiture, il se fait braquer par une autre voiture. Dans l'autre voiture, un homme sort le tronc par la fenêtre. Il tient une arme.


HOMME ARMÉ

Vas-y, gare-toi!


RYAD

C'est bon, je m'arrête,

je m'arrête, je m'arrête!


Dans la voiture des agresseurs, il y a quatre hommes. Dès qu'il en a la chance, RYAD appuie sur l'accélérateur et dépasse la voiture des agresseurs.


RYAD

Va te faire enculer.

(Parlant à sa voiture)

Avance, avance, avance!

Mais avance!


RYAD évide de justesse un coup de feu en sa direction.


RYAD

Ah putain! Ça va!


La voiture de l'agresseur est en panne. L'homme armé qui tirait sur RYAD, c'est LATIF l'Égyptien. À la prison, un détenu raconte l'événement à MALIK dans une petite salle.


DÉTENU INFORMATEUR

Ils ont attendu

que la première bagnole passe

et ils se sont jetés sur Ryad.

Ils l'ont embarqué

avec le matos.

Et maintenant,

ils veulent du blé.


MALIK

Putain, c'est qui, ces mecs?

T'as des noms?

Tu sais quoi d'eux?


DÉTENU INFORMATEUR

On sait rien, juste leur boss.

Il s'appelle Latif.

Latif l'Égyptien.

Un des mecs de la banlieue sud.

Ils prennent les mêmes

routes que nous.

Ils connaissent tous les trucs.

Qu'est-ce qu'on fait

pour le pognon?


MALIK

Tu donnes tout. Tu donnes

tout ce qu'ils demandent.


MALIK se lève pour sortir de la salle. Il frappe à la porte.


MALIK

Chef?


Plus tard, MALIK rencontre JORDI dans la cour.


JORDI LE GITAN

T'as eu des nouvelles

de ton pote, là?


MALIK

Non, j'ai pas de nouvelles.

Comment tu veux que je fasse?

Ça fait deux, trois jours-


JORDI LE GITAN

C'est bon, calme-toi.

Il y a du monde ici

et nous, on a du «shit».

S'il y a quelqu'un dans la taule

qui connaît l'Égyptien,

t'inquiètes pas

qu'on va finir par le savoir.

On va le savoir,

on va se le bouffer!

T'en es où avec les barbus?


MALIK

Ça avance.


JORDI LE GITAN

Tu vas les voir

et tu t'en occupes.


MALIK se mêlent à un groupe d'Arabes plus loin dans la cour. CÉSAR l'observe de loin.


MALIK

(S'adressant à HASSAN)

J'ai un truc à te demander.


HASSAN

Oui, vas-y.


MALIK

J'ai besoin de renseignements

sur un type.


HASSAN

C'est qui?


MALIK

Un Black, Latif l'Égyptien.


HASSAN

Latif?


MALIK

Oui.


HASSAN

Oui. Il est dehors. Qu'est-ce

que tu veux que je fasse?


MALIK

J'ai besoin de savoir

s'il a des mecs à lui ici.


HASSAN

Son beau-frère.


MALIK est de retour auprès de JORDI. Tous les deux marchent dans la cour.


JORDI LE GITAN

Ils t'ont demandé quoi en échange?


MALIK

Rien.

C'est mon affaire, t'inquiète.


JORDI LE GITAN

Tu le vois, là?


Au fond de la cour, trois hommes marchent le long d'un mur.


MALIK

Hum. C'est le mec là-bas.

Celui avec le bonnet bleu.


JORDI LE GITAN

Les mecs à côté,

c'est des mecs à lui?


MALIK

Ça ressemble.


JORDI LE GITAN

Ils envoient des gens,

les barbus?


MALIK

Oui, oui, bien sûr, deux.


JORDI LE GITAN

Il y a pas de souci

normalement.

Si c'est bien organisé,

il y a pas de problème.


Pendant ce temps à Marseille, quatre hommes pénètrent dans un immeuble à logement. Ils sont armés et se dirigent vers un appartement en particulier. L'un d'eux a une corde dans les mains. Ils sonnent à la porte et aussitôt que l'occupant ouvre la porte, les quatre hommes l'agressent lui et sa famille.


À la prison, MALIK prépare quelque chose dans sa cellule, il dissimule des choses dans une chaussette. JORDI fait la même chose dans sa cellule.


Dans l'appartement de Marseille, les quatre hommes menacent la femme. Ensuite, ils lui passent une corde autour du cou pour faire une photo qu'ils envoient à LATIF.


À la prison, un détenu se présente à l'infirmerie avec un blessé.


DÉTENU

Oh, chef! Chef!

Il s'est niqué la cheville.

Je l'emmène à l'infirmerie.


Le gardien ouvre et vient voir.


GARDIEN

Il te faut du repos, quoi.


DÉTENU

Il a mal à la cheville. Il s'est tué.


GARDIEN

Allez-y.


Les deux hommes se dirigent vers l'infirmerie. Aussitôt qu'ils sont hors de vue, le blessé se remet à marcher normalement et les deux hommes rejoignent MALIK qui donne un chariot au pseudo blessé. Le pseudo blessé part seul avec le chariot. MALIK et l'autre homme rejoignent JORDI dans un autre couloir. Chacun a une chaussette et la prépare pour une attaque. Ils sont devant une porte. De l'autre côté, des hommes sont aux douches. Dans les douches, les lumières s'éteignent.


DOUCHEURS

Hé! Oh!

La lumière là, oh!


MALIK, JORDI et l'autre attaquent sauvagement. Une fois les hommes à terre, MALIK s'approche d'un des doucheurs.


MALIK

C'est toi, Mohamed Gazil?

T'es le beau-frère de l'Égyptien?


JORDI frappe d'un coup de pied l'homme à terre.


MALIK

T'es son beau-frère?!


GAZIL

Oui, c'est moi.


MALIK

Assieds-toi, assieds-toi.

Ouassila Gazil, c'est ta mère?


GAZIL

Oui.


MALIK

C'est son adresse

sur le cahier du parloir?


GAZIL

Oui.


MALIK

Regarde.


MALIK montre la photo de la femme ligotée avec une corde autour du cou.


MALIK

Bon, si tu veux la revoir,

t'appelles Latif, tu lui dis

qu'il libère mon pote

et qu'il nous rende tout

ce qu'il nous a pris, d'accord?


GAZIL

OK.


MALIK

D'accord?


GAZIL

D'accord.


MALIK

(Tendant le téléphone)

Appelle.


MALIK retourne dans ses quartiers. Il passe devant la cellule de CÉSAR qui est assis, seul à sa table. MALIK frappe sur la porte ouverte.


CÉSAR

Mais t'étais où?


MALIK

Au greffe, j'avais

un truc à régler.


CÉSAR

Ça va, c'est bien passé?


MALIK

Oui.


CÉSAR

T'as bouffé?


MALIK

Non, ça va.

Je dois voir un mec là.


CÉSAR

Oui bien, il attendra.

Viens boire un «caoua» quand même.


MALIK entre et s'assoit près de CÉSAR.


CÉSAR

Mais sers-toi.


MALIK

Non, j'en veux pas.


CÉSAR

Dis-moi, je voulais te parler

d'un truc. Je t'ai vu avec...

Tu sais, le grand mec,

le Gitan, dans la cour.

C'est quoi, votre truc?

C'est du «shit», des médocs?


MALIK

Du «shit».


CÉSAR

C'est gros?


MALIK

Tu veux quoi?

Tu veux ta part dessus?


CÉSAR

Non, non, c'est tes affaires.

Ça te regarde,

c'est pour ta gueule.

Et ça rentre par où?


MALIK

Parloir, cuisine.


CÉSAR

Vous avez des matons alors?


MALIK

Non, non, c'est un livreur.

Congélation.


CÉSAR

Ah oui, ça passe

comme ça, quoi.


MALIK

Pour l'instant, oui.


CÉSAR

Tu sais ce qui se passe, hein,

si vous vous faites choper?

C'est le trou.

Et après le trou,

les permissions...


CÉSAR empoigne la tête de MALIK et la colle sur la table. CÉSAR appuie une cuillère sur l'oeil de MALIK.


CÉSAR

Qu'est-ce que je t'ai dit

la dernière fois?

Je t'ai dit: «Tu te tiens

à carreau, t'assures tes sorties.»

Et qu'est-ce que tu fais, toi?

T'éclates des mecs.

Tu fais ta loi? Tu joues à quoi?

Tu me sers si tu sors, Djebena.


MALIK hurle de douleur.


CÉSAR

Si tu sors pas, tu me sers

à quoi? Tu me sers à quoi!

(Poussant MALIK sur le sol)

Casse-toi.


MALIK se tient l'oeil en hurlant de douleur.


CÉSAR

Casse-toi!


MALIK est de retour dans sa cellule, il regarde sa blessure et pleure. Ensuite, il va s'étendre avec un linge sur l'oeil.


MALIK

(Pour lui même)

Bâtard...

Je vais te crever, ma parole...


CÉSAR

T'as plus peur de moi,

c'est ça?

Si tu peux te balader partout

dans la taule, c'est parce que

je t'ai fait nommer auxi.

Si tu bouffes,

c'est à cause de moi.

Si tu rêves, si tu penses,

si tu vis, c'est à cause de moi!

Tu dis que t'as pas de matons.

Pauvre con, va.

Il y a écrit partout «Luciani»

sur ta gueule!

Tu vis sur la bête, Djebena!

Quand un mec te regarde,

c'est moi qu'il voit.

Et sinon, qu'est-ce qu'il

verrait?

Tu peux me dire

qu'est-ce qu'il verrait?


La vision de MALIK devient trouble, puis c'est le noir. MALIK rêve qu'il circule dans la prison déserte malgré sa vision réduite. Ensuite, il circule dehors à l'intérieur d'une voiture. Devant la voiture des cerfs courent sur la route. Ensuite, des visages flous défilent.


MALIK est réveillé dans sa cellule. Il cherche REYEB.


MALIK

T'es là?


REYEB change d'apparence. Ses cheveux sont blonds et des flammes et de la fumée sortent de son corps. Par la fenêtre, MALIK voit qu'un détenu tente de s'évader dans la nuit.


Le temps passe, les détenus circulent dans la cour. CÉSAR prend du soleil dans son coin. Il appelle MALIK qui garde ses distances.


CÉSAR

Viens là.

Putain, tu trouves pas qu'on se

fait assez chier comme ça?

Viens là, je te dis.

Viens là, j'ai un truc marrant

à te raconter.

Tu vas à Marseille.

Ta prochaine sortie,

tu descends à Marseille.


MALIK

Brécourt-Marseille

dans la journée?


CÉSAR

Oui.

T'as un avion à 9 heures du «mat»

et un retour à 15 heures.

Et entre-temps, t'as rendez-vous

avec Brahim Lattrache.


MALIK

Faut que j'apporte

quelque chose?


CÉSAR

Non, non.

Tu parles, tu écoutes.

J'aimerais savoir

combien ça coûterait

l'arrêt de ses affaires

avec les Italiens.

Et tu lui dis qu'il y a

une négo possible avec moi

en dehors de Jacky Marcaggi

et des autres.

Et pour ton salaire,

le voyage et le reste,

Sampierro verra ça

avec ton pote qui est dehors.

T'as déjà pris l'avion, toi?


MALIK fait signe que non.


MALIK est devant le miroir. Il porte une chemise et une cravate. Il se prépare pour sa sortie. Ensuite, il ajuste sa caméra pour faire une photo, type passeport.


Au petit matin, MALIK sort de la prison, accompagné par deux gardiens. Au poste de garde de sortie, MALIK reçoit son autorisation.


GARDIEN

Bonne journée.


MALIK

Merci, chef.


AUTRE GARDIEN

Bonne journée, El Djebena.

À ce soir.


MALIK

Bonne journée, chef.


AUTRE GARDIEN

Tu peux ouvrir, s'il te plaît?


MALIK attend une voiture devant la prison.


Dans la voiture, MALIK est assis sur la banquette arrière. En changeant de vêtement, il vocifère.


MALIK

(Propos traduits de l'arabe)

Quand tu viens me chercher,

sois à l'heure!


RYAD

Hé, tu baisses d'un ton, et de

deux, tu me parles pas comme ça.


MALIK

Putain, le risque, c'est moi

qui le prends! Tu comprends ça?


RYAD

Oui, oui, ça va, c'est bon.

J'ai compris.


MALIK

C'est quoi

cette bagnole de cave?!

T'as qu'à marquer «gangster»

pendant que tu y es.

T'es en train de devenir con!


RYAD

Ça va, c'est bon.


MALIK

C'est bon, quoi, c'est bon?


RYAD

Qu'est-ce que t'as à faire,

ton patron, toi?

Hein? Si ça te fait chier,

tu le dis et tu fais autrement.


MALIK

Ça, fallait le dire quand

t'étais dans le coffre de Latif.


RYAD freine brusquement. Il sort de la voiture et marche. MALIK avance sur la banquette avant et fouille dans le coffre à gants. Il trouve un faux passeport à son nom. RYAD revient dans la voiture.


MALIK

Faut que tu te retires

Latif de la tête.


RYAD

Je vais le trouver,

je vais le fumer, ce bâtard.


MALIK

Tu vas fumer personne.


RYAD

Mais réveille-toi!

Tout le biz est arrêté, là.

J'en fais pas qu'une affaire

perso, Malik.

Il bloque tout, cet enculé.

Même s'il nous a rendu le matos,

on peut pas bouger.

Jusque dans la cité,

ils viennent

nous mettre à l'amende

et toi...

Sur la vie de ma mère, je vais

le trouver, je vais le fumer.

(Se rendant compte de la tenue de MALIK)

Putain...

T'as l'air d'un avocat comme ça.


MALIK s'enregistre à l'aéroport.


PRÉPOSÉE AÉROPORT

Vous embarquez à 9 heure 55,

porte 33, hall 2.

Bon voyage, monsieur.


MALIK remarque des militaires qui montent l'escalier roulant derrière lui. Ensuite, il passe la barrière et le détecteur de métal qui sonne.


SÉCURITÉ AÉROPORT

Bonjour. Allez-y, monsieur.

Vous avez sonné. Avancez.

Levez les bras, écartez les pieds.


MALIK se laisse tâter et finalement passe. Dans l'avion, il regarde autant qu'il le peut par le hublot, même s'il est assis sur le siège de l'allée. Il accepte les croissants que l'agente de bord lui offre. MALIK traverse l'aéroport de Marseille et cherche son transport. Dehors, il aperçoit la voiture qui l'attend. Dans la voiture en marche, un homme le fouille. Une moto suit derrière.


CHAUFFEUR ARABE

Vite, vite, vite!


FOUILLEUR

Viens là.

(Propos traduits de l'arabe)

Tes mains.


MALIK

Vous faites quoi, là?


FOUILLEUR

(Propos traduits de l'arabe)

Tes mains.


Le FOUILLEUR attache les mains de MALIK. La voiture roule vers les collines.


Le chauffeur arabe et le fouilleur discutent en arabe sur la banquette avant. Au bout d'un moment, la voiture s'arrête sur un belvédère qui surplombe la région. La moto s'arrête aussi. Un des hommes descend de la voiture et va vers la moto. Dans la voiture, les hommes discutent en arabe. Le motocycliste approche de la voiture et ouvre la portière du côté de MALIK. C'est Brahim LATTRACHE.


LATTRACHE

Bouge.

Yallah.


La voiture se remet à rouler.


MALIK

(Montrant ses mains)

C'est nécessaire, ça?


LATTRACHE

Ça me gêne pas, moi.

Il veut quoi, Luciani?


MALIK

Il veut savoir ton prix

pour que t'arrêtes les négos

avec les Italiens sur le casino.

Si t'acceptes, il garantit

ta position sur les machines

à sous qu'ils t'ont données.


LATTRACHE

(Propos traduits de l'arabe)

Il garantit comment?

Avec son bon de cantine?


MALIK

Non, avec le Conseil.

(Propos traduits de l'arabe)

Ses garants sont Marcaggi

et le conseil corse.


LATTRACHE

Tu le connais

depuis quand, Luciani?


MALIK

Depuis la centrale.


LATTRACHE

Tu travailles pour eux

depuis ce temps-là?


MALIK

Oui.


LATTRACHE

Ça s'est fait comme ça?


MALIK

Bien oui.


LATTRACHE

T'es arrivé

et t'as travaillé pour eux?


MALIK

Bien oui.


LATTRACHE

Ils te protègent?


MALIK

Bien non, je travaille,

ils me protègent pas.


LATTRACHE

T'es leur Arabe

et ils te protègent.


MALIK

Mais non,

je travaille pour eux.


LATTRACHE

Ça te coûte quoi,

la protection?

Tu balances?

Tu fais le coursier?

Tu les suces?


MALIK

Tu cherches quoi, là?


LATTRACHE braque un revolver sur MALIK.


MALIK

Arrête.


LATTRACHE

Je veux savoir

pourquoi un putain d'Arabe

travaille pour les Corses.

Tu fais la danseuse, hein?

T'es leur serveuse?

J'avais un pote

qui était à Brécourt.

Il est jamais ressorti.

Il s'appelait Reyeb. Reyeb!

Ça te dit quelque chose?

Ça te dit quelque chose?!

C'est Luciani qui l'a fait buter?

Qu'est-ce que tu sais, toi?

Qu'est-ce que tu sais, toi?!


MALIK se rend compte qu'il est en très mauvaise posture. Soudain, il remarque un affiche qui annonce une traverse de cerfs.


MALIK

Putain, il va y avoir

des animaux, là!


LATTRACHE

Quoi?


MALIK

(Propos traduits de l'arabe)

Attention!


La voiture frappe de plein fouet un cerf. MALIK sort de la voiture. Il saigne du nez.


Un des hommes crie.


CHAUFFEUR ARABE

(Propos traduits de l'arabe)

Là-bas! Deux de plus!


Le chauffeur et le fouilleur courent dans la forêt pour abattre les cerfs.


CHAUFFEUR ARABE

Tue-le!


Les coups de feu retentissent dans la forêt. MALIK qui a toujours les mains liées tente de son mieux de stopper ses saignements. LATTRACHE revient de la forêt. Il frappe MALIK.


LATTRACHE

C'est quoi ton truc?

Comment tu fais ça?

T'es quoi, toi?

T'es un prophète ou quoi?


MALIK

Hein?

C'est moi qui ai fait Reyeb.


LATTRACHE

Putain, tu reviens

de loin, toi.


Les hommes de LATTRACHE reviennent de la forêt avec un cerf. LATTRACHE va vers eux et laisse MALIK.


Plus tard, sur une propriété au bord de la mer, les hommes de LATTRACHE dépècent le cerf et rincent les morceaux dans l'eau de mer. Une dame s'occupe de MALIK qui se rince le visage.


FEMME ARABE

(Propos traduits de l'arabe)

Comment tu t'appelles?


MALIK

Malik.


FEMME ARABE

Malik.

(Propos traduits de l'arabe)

Je vais laver ta chemise

et ton pantalon.


MALIK

(Propos traduits de l'arabe)

Le pantalon est propre.


FEMME ARABE

(Propos traduits de l'arabe)

Tu es sûr?

Alors, donne-moi ta chemise.


MALIK donne sa chemise et ne garde que sa veste. Ensuite, il va au garage où l'animal a été complètement dépecé. Plus tard, sous une pergola, les hommes de LATTRACHE mangent et discutent. MALIK est assis à part. La FEMME ARABE rapporte la chemise.


FEMME ARABE

(Propos traduits de l'arabe)

Voilà ta chemise, mon fils.

Je l'ai lavée,

mais les taches de sang

ne partent pas.


LATTRACHE

(S'adressant à MALIK)

Hé, prophète?

Je voudrais savoir un truc.

Les barbus qui viennent me

parler de Luciani, c'est toi ça?


MALIK

Oui.


LATTRACHE

Tu parles avec les barbus,

tu parles avec les Corses,

tu viens ici.

Tu fais le grand écart.

C'est pas très bon

pour les couilles, ça, tu sais.


MALIK

Tu parles avec

les Lingherri aussi?


LATTRACHE

Non. Parce qu'il y a

quelqu'un chez les Corses

qui parlent avec les Ritals.

Il est pas au courant,

ton patron?


MALIK fait non de la tête.


LATTRACHE

T'es sûr?


MALIK

Oui, certain.


LATTRACHE

T'es assez proche de lui

pour être sûr?


MALIK

Oui, oui.


LATTRACHE

Alors, tu vas

lui dire ça à Luciani,

que j'accepte sa proposition

à une condition.

Il trouve qui parle

avec les Ritals

et il fait le ménage

chez lui d'abord.


MALIK

J'ai un truc à te demander.

J'ai des problèmes avec un type

de la banlieue sud.

Il s'appelle Latif l'Égyptien.

Tu vois qui c'est?


LATTRACHE

Qu'est-ce que je peux faire

pour toi?


MALIK

Je sais pas. Tu peux lui

faire savoir qu'on se connaît.


LATTRACHE

Qu'on travaille ensemble?


MALIK

On travaille ensemble?


LATTRACHE

Je sais pas, qu'est-ce

que t'en penses, toi?


MALIK

Oui.


LATTRACHE

Bon, allez.

On va se faire sucer.

Après, je te ramène à l'avion?


MALIK

Je peux rester sur la plage?


LATTRACHE

Fais comme tu veux.


MALIK laisse tremper ses pieds dans la mer. Il contemple l'horizon. Puis à l'aéroport, il court pour attraper son avion qui le ramène à son point de départ. RYAD l'attend pour l'accompagner à la prison. Il pleut des cordes.


MALIK

Vite! Vite, vite!


RYAD

Ça va? Ça a été?


MALIK remet ses vêtements de ville dans la voiture.


MALIK

Pour l'embrouille avec Latif,

tu le rencontres et on discute.


RYAD

Quoi? Mais t'es sérieux, là?

Moi, je rencontre ce bâtard?


MALIK

Lattrache va le contacter

pour nous et il va accepter.


RYAD

Qu'est-ce qu'il a voir

là-dedans, celui-là?

Je croyais que tu le voyais

pour les Corses.


MALIK

Il a des problèmes

avec les Corses,

nous, on en a avec Latif.

Je l'aide avec les Corses

et il nous aide avec Latif.

Tu lui proposes un arrangement:

on s'associe, on met

tout en commun.

Les planques, les bagnoles,

les fournisseurs, tout.

On prend le marché et là,

on pèse.


RYAD

(Propos en verlan)

«Zébi»...

Mais tu sais ce que

tu me demandes là, mon frère?


MALIK

Les comptes, on les réglera

plus tard quand ça vaudra

vraiment le coup.

Pour l'instant,

on fait comme ça.


RYAD

Tu sais, la maladie,

c'est revenu.


MALIK

Hein?


RYAD

J'ai fait des examens

et ils sont pas bons.

Il faut que je reprenne

le traitement.


MALIK

Ça va aller?


RYAD

Hum...


Devant la prison, MALIK embrasse RYAD avant de rentrer.


MALIK

(Propos traduits de l'arabe)

Prends soin de toi, mon frère.


MALIK passe à la fouille.


GARDIEN

T'as une demi-heure

de retard, Djebena.

Tu connais le tarif, non?


MALIK

Ça va, chef. J'ai démonté

des portières toute la journée.

Je n'ai plus de mains-


GARDIEN

Écarte les jambes.

Je t'avertis, je passe cette

fois, mais la prochaine fois,

pense à ton programme

de conditionnelle.

Merde! Et regarde ta montre.


MALIK se rhabille et trouve du sable dans ses chaussures.


Plus tard, CÉSAR rencontre son avocat, SAMPIERRO, dans une salle d'entrevue.


CÉSAR

(Propos traduits du corse)

Je me fiche des remerciements

de Marcaggi.

Je veux juste qu'il se bouge

et qu'il règle les choses.

Je sais qu'un des nôtres

traite avec les Italiens.

Je veux savoir qui.

Il le sait?


ME SAMPIERRO

Oui.


CÉSAR

(Propos traduits du corse)

Alors?


ME SAMPIERRO

(Propos traduits du corse)

Il s'en occupe.

Ça ne concerne que lui.


CÉSAR

(Propos traduits du corse)

C'était la même chose pour Lattrache.

Tu sais qui c'est?


ME SAMPIERRO

Non.

(Propos traduits du corse)

Attends, César.

Jacky ne veut pas

que tu t'en mêles.

Pas de près, pas de loin.

Du tout!

Il dit que si t'as besoin

de quelque chose...


CÉSAR

Ça va, ça va.

Te fatigue pas. Ça va.


ME SAMPIERRO

Bon, j'ai des bonnes nouvelles.

Ce que tu m'avais demandé,

le montage de la société hôtelière,

je crois que je t'ai

trouvé quelqu'un.

Un Basque à Pampelune.


CÉSAR

Pourquoi tu me dis:

«J'ai des bonnes nouvelles»?


ME SAMPIERRO

Tu m'as demandé

de trouver quelqu'un.


CÉSAR

Non, attends,

on parle pas de ça.

On parle de Jacky, des Sardes,

des casinos.

Tu me dis que Jacky

ne veut plus

que je m'en occupe.

Puis d'un seul coup:

«Dis donc, attends,

j'ai une bonne nouvelle.»

C'était pas des bonnes

nouvelles alors, avant.


ME SAMPIERRO

Bien, si.


ME SAMPIERRO

Pourquoi tu me dis: «J'ai

une bonne nouvelle maintenant»?


ME SAMPIERRO

Ah, j'ai pas dit «maintenant».

Je peux t'annoncer deux bonnes

nouvelles par jour, hein.


CÉSAR

À moi? Ah bien, dis donc.

Ça fait longtemps, hein!


De son côté, MALIK reprend ses activités quotidiennes. Il apporte, pain, literie et journal à CÉSAR.


MALIK

(S'adressant au gardien)

Merci, chef.


MALIK retourne au local de CÉSAR. PROF et quelques autres sont là.


PROF

(Prenant le pain)

Merci.

Tiens, passe-moi les journaux.


MALIK s'assoit près de la porte avec un des journaux.


PROF

(Propos traduits du corse)

Tu as les résultats?


VALPATO

(Propos traduits du corse)

Quel match?


PROF

Auxerre-Sochaux.


MALIK répond derrière. Plus tard, MALIK fait la vaisselle après le départ des hommes de CÉSAR.


CÉSAR

Pourquoi tu fais le café?


MALIK

Pourquoi je...


CÉSAR

Pourquoi tu continues

à faire le larbin?

Tu sors pour moi, tu vois

Sampiero, tu vois Lattrache,

tu traites mes affaires,

le casino, les Lingherri...

Et quand tu ranges,

je te dis de faire le café

et tu fais le café, toi.

Hum?

(Propos traduits du corse)

Tu n'as rien à dire?


MALIK

C'est quoi la question?

Pourquoi je le fais

ou ce que ça me fait?

Je le fais parce que tu m'as

demandé de le faire.

Tu veux savoir

ce que ça me fait?


CÉSAR

Non, non, non, je m'en fous.


MALIK

T'as encore besoin de moi?


CÉSAR

(Propos traduits du corse)

C'est toi qui as besoin de moi.


MALIK

Je peux y aller?


CÉSAR

Hum, hum.


MALIK sort de la cellule de CÉSAR. Plus tard, dans sa cellule, MALIK téléphone discrètement à RYAD et parle derrière le muret de son cabinet de toilette pour éviter d'éveiller les soupçons de CÉSAR.


MALIK

(Parlant au téléphone)

Oui, tu m'entends?

Tu le vois quand, Latif?

OK, alors, écoute-moi bien.

Ma part, tu vas la faire passer

à l'imam Moussab.

Tu lui donnes tout.

J'en ai rien à foutre comment,

tu te démerdes.

Tu vas à la mosquée, j'en sais

rien, mais tu le trouves.

Il faut juste que le pognon

lui arrive

et que ça vienne de la part

de Malik El Djebena.

T'inquiète pas,

il saura comment me retrouver.

OK, tu fais comme je te dis.

Et après, tu me laisses

un message. Ciao.


LATIF l'Égyptien empile des liasses de billets dans un sac de sport. RYAD arrive en voiture dans une cour arrière. Devant un garage, LATIF l'attend avec son sac plein d'argent. RYAD stationne la voiture.


RYAD

(Pour lui-même)

Tu vas bouger ta graisse,

sale nègre.


MALIK est assis sur la banquette arrière dans la voiture de RYAD. Il tient une arme, au cas-où. RYAD tient aussi une arme entre ses cuisses. LATIF se présente à la portière de RYAD et tend la main.


LATIF L'ÉGYPTIEN

Alors, ça va mieux ou quoi?


RYAD

Ça va, ça va.


RYAD prend le sac et vérifie le contenu. Plus tard, RYAD se rend à la mosquée et se joint à la prière avant de rencontrer l'imam.


Après la prière, un jeune arabe trouve le sac de sport laissé par RYAD.


En prison, dans le secteur réservés aux Arabes, MALIK marche dans les couloirs. HASSAN et ses hommes le tassent dans un coin en le tenant au cou.


HASSAN

(Propos traduits de l'arabe)

L'argent à la mosquée,

ça vient de toi?

C'est de l'argent sale?


MALIK

(Propos traduits de l'arabe)

Bien sûr!

Mais il est mieux entre ses mains

que les miennes.


HASSAN

Tu crois que l'imam Moussab

va accepter ça?


MALIK

Ça...

Ça dépendra de vous, les mecs.


À la bibliothèque, MALIK rencontre HASSAN et ses adjoints..


MALIK

Je vois à quoi vous servez ici

et ce que vous faites

et je respecte ça.

Mais le pouvoir,

c'est pas vous qui l'avez.

Les Corses, ils sont cinq et

ils tiennent la taule,

car ils ont les matons.

Vous, vous priez

dans des porcheries,

vous dormez dans des cellules

de merde.

À chaque fois que vous levez

la tête, on vous tape dessus.

Peut-être que si l'imam Moussab,

il savait ça, il saurait quoi

en faire de l'argent sale.


HASSAN

Tu cherches quoi, toi?


MALIK

La même chose que toi, Hassan.

Améliorer ma vie

et celle de mes potes.


HASSAN

Tu me prends pour

un con, là, ou quoi?

Ce que tu veux, c'est te servir

de nous, c'est tout.


MALIK

Et alors?

Et alors, si c'est bon

pour toi et moi?


Un des hommes d'HASSAN lui murmure à l'oreille.


HASSAN

Écoute-moi bien, toi.

Tu passes directement par l'imam

une fois de plus, je te fais planter.

Pour le pognon maintenant,

c'est avec moi que tu parles.

On règle ça entre nous,

d'accord?


MALIK

Oui.


HASSAN

En amenant l'argent chez

l'imam, c'est ça que tu voulais?

Qu'on se retrouve là,

tous les deux?


MALIK

Quoi?

Entre voyous là?


ADJOINT D'HASSAN

Arrête tes conneries, toi!

Ça va, oh. Je déconne.


HASSAN et ses hommes sortent de la bibliothèque.


De sa cellule, MALIK observent les échanges dans la cour. D'abord chez les barbus, ensuite chez les Corses. Une tuque de Père-Noël change de tête.


Texte narratif :
Noël


Dans une salle d'entrevue, VETTORI vient voir CÉSAR. CÉSAR rentre à sa cellule décorée pour l'occasion. ANTARRO offre un cadeau à CÉSAR. MALIK les observent.


ANTARRO

(Propos traduits du corse)

Fait main. Sans cadeau,

c'est pas Noël.


CÉSAR

Grazie.


Ensuite, c'est au tour de VALPATO de passer voir CÉSAR.


VALPATO

(Propos traduits du corse)

Je suis le cadeau.

Cent pour cent fait main.


CÉSAR

​[Propos traduits du corse]

Quel cadeau!


Après les visites, CÉSAR et MALIK restent dans la cellule de CÉSAR.


CÉSAR

T'as pas eu de colis, toi.

Bien, vas-y, tape.


Sur la table, les cadeaux déballés sont principalement de la nourriture. MALIK se sert dans les fruits frais.


CÉSAR

Du sanglier, c'est du porc, ça?


MALIK

Tu te fous de ma gueule?


CÉSAR

On peut arrêter?

On peut se parler

sincèrement tous les deux?


MALIK

Oui. Pourquoi?


CÉSAR

J'ai un service à te demander,

mais je voudrais te le demander:

pas parce que tu travailles

pour moi... mais parce que

j'ai confiance en toi.

(Propos traduits du corse)

Tu comprends la différence?


MALIK

(Propos traduits du corse)

Je ne suis pas sûr.


CÉSAR

J'ai vu Vettori.

Il a eu des informations.

On sait qui chez nous traite

avec les Lingherri.

Alors, je veux

que tu montes une équipe.

Ils sont comment,

tes mecs, dehors?


MALIK

Pour quoi faire une équipe?


CÉSAR

Pour les buter.


MALIK

Les Lingherri?


CÉSAR

Les Lingherri

et Jacky Marcaggi.


MALIK

Tu veux buter Marcaggi,

c'est ça?

Mais il était ton patron.


CÉSAR

Chut... Personne doit savoir.

Toi, moi, Vettori

et personne d'autre.

Ça va se passer à Paris.

Vettori va te filer le Vettori.

Il va tout superviser,

mais nous, on doit jamais

apparaître.

Tu peux faire ça pour moi?


MALIK soupire, considérant la proposition.


CÉSAR

T'as des projets, après,

quand tu sortiras?

Parce que si ça marche,

on récupère les casinos

et il faudra quelqu'un

pour s'en occuper.

Pour les gérer avec Lattrache.


Plus tard, MALIK est dans une salle d'entrevue. RYAD vient le voir.


RYAD

On le fait, on le fait.

Il me reste six mois, Malik.

Trois mois debout,

après, ils savent pas.


MALIK

Arrête, peut-être

qu'ils se trompent.


RYAD

Arrête avec

les «ils se trompent».

Qu'est-ce qui te casse

les couilles là-dedans?

C'est de buter ces mecs?


MALIK

Chut! Parle doucement.


RYAD

On les connaît pas.

On s'en bat les couilles.

Pense à après, hein,

quand tu vas sortir.

Je ne serai plus là.

Tu peux réfléchir

à ce qui va se passer

dans ta vie, mais moi,

je ne peux plus.

Malik... Il y a Djamila.

Il y a mon fils. Qu'est-ce que

je vais leur laisser moi?

Un frigo? Hein, une téloche?


MALIK

Arrête, ça va aller,

tu vas pouvoir...


RYAD

C'est toi qui vas

t'occuper d'eux, Malik.

C'est ça que je te demande,

mon frère.

Alors, tu vas aller les voir,

tu leur dis qu'on est d'accord

et qu'on va le faire. Hein?


Plus tard, CÉSAR est seul sur un banc dans la cour. MALIK vient le voir.


MALIK

J'ai vu mon pote

à l'extérieur.

Ça marche.

Il va contacter une équipe

et il me prévient après.

Bon, je vais prévenir

les miens.

Tu me donnes le téléphone

de ton pote.

C'est Vettori qui va prendre

contact avec lui.


Les cinq Corses s'amènent. MALIK se lève. Les jours suivants, MALIK observe les mouvements des Corses dans la cour, depuis la fenêtre de sa cellule.


RYAD est malade. On lui fait un examen à la résonance magnétique.


À la prison, MALIK est dans la cellule de JORDI le gitan, qui s’injecte une drogue forte.


JORDI LE GITAN

T'as jamais fait ça?

Je t'en mets juste un peu.


MALIK est mal en point sous l'effet de la drogue.


Dans la salle commune de la prison, il y a une fête. JORDI danse. Malik sourit. Un orchestre joue. JORDI chante. MALIK chante. Il est drogué. Plus tard, dans sa cellule, il ne se sent pas bien. Il vomit. La voix de REYEB résonne dans la tête de MALIK.


REYEB

Allah, Allah,

Allah, Allah,

Allah, Allah,

Allah, Allah, Allah,


MALIK voit REYEB tourner sur lui même à la manière des derviches.


REYEB

Allah, Allah,

Allah, Allah, Allah.

(Tournant de plus en plus vite)

Allah, Allah, Allah, Allah,

Allah, Allah, Allah, Allah.

Allah, Allah, Allah, Allah.

Allah, Allah, Allah!

Allah, Allah, Allah, Allah!


MALIK

(Tournant sur lui-même)

Allah... Allah...

Ah...

Allah... Allah...


Le jour des visites, HASSAN reçoit sa famille. CÉSAR reçoit VETTORI. MALIK reçoit RYAD.


RYAD

Putain, t'entends

ce que je te dis ou pas?

On va au casse-pipe.

Khalid, Michka et Bruno,

pour le «shit», ça va.

Mais pour le reste,

c'est des branleurs.


MALIK

C'est toi qui voulais y aller!

C'est ta bande,

tu te démerdes. On y va.


RYAD

Je ne peux plus les tenir.

Quand le Corse

nous a amené les armes,

ils sont partis dans le rouge,

tout de suite, comme des mômes.

Et cet enculé de Vettori,

je te dis même pas

comment il nous parle.

Pendant les repérages

de l'hôtel à Paris,

ils se sont mis sur la gueule.

Maintenant, Khalid,

il veut le buter.


MALIK

Tu te démerdes.

Tu changes de gars.


RYAD

Maintenant? Pour un contrat?


MALIK

M'en fous.


La porte s'ouvre. CÉSAR entre dans la salle d'entrevue d'un côté et VETTORI entre de l'autre.


CHEF DES GARDIENS

Vous avez une minute.


CÉSAR

Bon, on s'arrête là.

Je perds mon temps et mon pognon

avec ta bande de «baltringues» là.

Regarde-moi dans quel état

il est, celui-là!


RYAD

Qui c'est que tu traites de--


VETTORI

J'abrège tes souffrances?


RYAD

T'es sérieux, toi?


VETTORI

Espèce d'enculé!


MALIK

(S'adressant à VETTORI)

Enlève ta main.

(S'adressant à RYAD)

Toi aussi.

Ça va. Chut!


MALIK se retourne et fait signe au CHEF DES GARDIENS d'attendre.


MALIK

(Propos traduits de l'arabe)

(S'adressant à RYAD)

La ferme!

On le fait, mais à notre façon.


CÉSAR

Qu'est-ce que tu dis, là?


MALIK

Je le calme. Je lui explique.

Je peux?

(S'adressant à RYAD)

(Propos traduits de l'arabe)

Écoute-moi.

On va les tuer.

Promets-moi.

On va les tuer,

mais sans qu'ils le voient venir.

Je vais te gifler.

Baisse le regard.


RYAD

Quoi?


MALIK

(Propos traduits de l'arabe)

Je te gifle et tu baisses

le regard.


MALIK frappe violemment RYAD au visage.


MALIK

C'est bon, il a compris.

On continue?


Le CHEF DES GARDIENS ouvre la porte. CÉSAR sort.


CÉSAR

Mais oui, ça va, ça va.


VETTORI sort de son côté en envoyant un baiser.


MALIK

(S'adressant à RYAD)

Quand tu viens me chercher,

tu viens tout seul,

sans les autres.

On va le faire tous les deux.

Tu vas pouvoir?

(Frappant la porte)

Surveillant?


Plus tard, MALIK passe en audience pour une réinsertion sociale.


JUGE

Bref, vous complétez

votre projet de réinsertion

avec cette solution

d'hébergement?


MALIK

Oui, monsieur le juge.

C'est un foyer qui accueille

les détenus qui veulent-


JUGE

Oui, oui, je connais

le foyer de l'imam Moussab.

Bon, vous avez demandé

deux jours.

Ça me paraît excessif, hein.

On va vous accorder un petit

module: une journée, 7-19 heures.

Ça ira?


MALIK

Oui, très bien.


MALIK est dans sa cellule, le soir. REYEB lui parle.


REYEB

(Propos traduits de l'arabe)

Le prophète, que la paix

soit avec lui, est arrivé au sommet

d'une montagne et s'est endormi.

L'ange Gabriel lui est apparu.

Tu sais ce qu'il lui a dit?

Il a dit :

«Récite. Récite, Mahomet.

Récite pour Dieu qui t'a créé.

Il a créé l'homme à partir de rien.

Récite ce qu'Il t'a enseigné

avec Ses écrits.»

Merveilleux.

Merveilleux, mon frère.

Récite.


Le mot récite apparaît en français et dans sa version arabe.


MALIK est prêt pour sortir. Il se présente au poste de contrôle, on lui donne son billet de sortie.


GARDIEN

La porte.


MALIK sort.


GARDIEN

Bonne journée, El Djebena.


Plus tard, RYAD et MALIK rejoignent VETTORI dans un stationnement intérieur. Ils arrivent dans une camionnette. VETTORI approche de la camionnette avec un sac contenant des armes.


VETTORI

Ils sont où les autres?


MALIK

Derrière.


VETTORI ouvre la porte coulissante du van et se fait surprendre. On lui vaporise du poivre au visage, puis on le pousse d'un coup de pied. MALIK et RYAD le rouent de coups. MALIK se frotte les yeux et tousse, incommodé par le poivre. Ensuite, MALIK et RYAD embarque VETTORI, inconscient dans la camionnette. RYAD et MALIK roulent dans les rues de Paris.


RYAD

La voiture, elle va arriver par là.

Ils ont un garde du corps

et un chauffeur.

C'est le garde du corps

qui sort en premier

pour ouvrir les portes.

Il a un gilet pare-balles.

On les laisse bien sortir.

On pète le garde du corps

et on se les fait.


MALIK

On y va.


MALIK et RYAD sorte de la camionnette. RYAD est nerveux. MALIK fait les cent pas devant une boutique de chaussures chiques. Ils sont tout près de l'hôtel Plaza Athénée. RYAD prend son téléphone et appelle MALIK.


RYAD

(Parlant au téléphone)

C'est eux. Ils arrivent.

Chevrolet noire.

On attend qu'ils descendent.

Je m'occupe du malabar.


Dans une allée étroite, la voiture VUS s'engage. MALIK traverse un boulevard pour rejoindre RYAD. La voiture s'arrête devant l'entrée de l'hôtel. Plusieurs civils marchent sur le trottoir.


Une employée de l'hôtel avance vers la voiture en tenant une enveloppe qu'elle remet au passager de la voiture.


MALIK

Qu'est-ce qu'ils foutent?


MALIK et RYAD ne comprennent rien. MALIK rejoint RYAD et tous les deux courent à la camionnette pour suivre la voiture noire. À une intersection, ils sont bloqués par des piétons. MALIK perd patience.


MALIK

(S'adressant aux piétons)

Bouge, bouge! Allez!


Plus loin, MALIK ne voit plus le VUS.


MALIK

(S'adressant à RYAD)

Tu le vois, là?


RYAD

Non.

Là, oui, c'est bon. C'est eux.

Trois voitures devant,

ils sont en face.


MALIK

Vas-y, rattrape-le.


MALIK se glisse dans la partie arrière de la camionnette et prend des armes dans un sac.


RYAD

Ah, putain...

Ils ont mis le clignotant.

Qu'est-ce qu'on fait là?

Ils s'arrêtent.


MALIK

(Propos traduits de l'arabe)

Vas-y, je vais les tuer!


RYAD

(Propos traduits de l'arabe)

Tuer qui?

Leur voiture, elle est blindée.


MALIK parle arabe.


RYAD

C'est blindé, je te dis.

À moins de les sortir à coups

de savate, on peut rien faire.

Putain...

Putain!


Un homme sort du VUS et entre dans un Café à cigares.


MALIK

Qu'est-ce qu'il fout, là?


RYAD

Il va acheter des cigarettes.


MALIK

J'y vais.


RYAD

Ça va pas!

Qu'est-ce que tu fais?

T'es dingue. Malik! Malik!


MALIK sort de la camionnette et attend que l'homme revienne vers la voiture. Au moment où celui-ci s'apprête à monter, MALIK s'approche et tire. Puis il pénètre à l'intérieur et tire sur le chauffeur. La voiture VUS avance et s'immobilise quand la portière heurte une voiture stationnée. Un des hommes tombe sur MALIK qui est pris sous le tableau de bord. Il tire à l'aveugle. MALIK sourit. Il attend un moment puis se redresse et tire les passagers.


MALIK

(Propos traduits du corse)

Marcaggi, à terre!


RYAD rejoint MALIK pour contrer un autre homme sur le trottoir.


RYAD

À terre, toi!


RYAD ouvre la portière du VUS et fait sortir MALIK, couvert de sang. Ils attrapent MARCAGGI par le col et le sortent de la voiture.


MALIK

Toi, contre le mur!

Contre le mur, je te dis!


RYAD

Malik, bouge-toi, putain!


MALIK est dans sa tête. Il n'entend que sa respiration.


RYAD

Malik, qu'est-ce que tu fais?


MALIK

Hein?

Je n'entends plus rien!

Je n'entends plus, là.

J'entends pas.


MALIK traîne MARCAGGI vers le van et le fait monter à l'arrière pendant que RYAD reprend le volant.


MARCAGGI et VETTORI sont dans la camionnette. RYAD parle à MALIK qui n'entend rien du tout. MALIK se rend compte qu'il est couvert de sang.


MALIK

(Propos traduits de l'arabe)

C'est pas mon sang.

C'est à eux.


RYAD semble content. Il parle à MALIK qui n'entend toujours pas. MALIK sourit.


RYAD

(S'adressant à MARCAGGI)

Tête de sanglier,

on t'a niqué, hein?


MALIK passe derrière dans la cabine et va voir son prisonnier. Il lui pose le canon sur la tempe.


MALIK

C'est toi, Jacky Marcaggi?


MALIK pousse l'homme et lui serre la mâchoire.


MALIK

(Propos traduits du corse)

Parle pas! J'entends rien!

Bouge la tête.

(Pointant VETTORI)

Tu le reconnais, lui?


MARCAGGI

Ié.


MALIK

César Luciani, ton pote,

il nous envoie pour te buter.

Je vais pas te tuer.

Lui, je te le laisse.

Venge-toi maintenant!


MARCAGGI

(Propos traduits du corse)

On se tire.


MALIK sort de la camionnette avec RYAD et ils laissent MARCAGGI et VETTORI ensemble. MALIK est dans une salle de bain. Il doit se laver avant de rentrer à la prison. Plus tard, il frappe à la chambre de RYAD.


MALIK

Tu dors?


RYAD

Non, je dors pas.

Je suis crevé.

T'as parlé avec Djamila, toi?


MALIK

Oui. Je dormirai

dans la chambre du petit.


RYAD

T'es sûr que tu veux pas

rentrer en prison ce soir?


MALIK

Non, j'y retournerai demain.


RYAD

Tu vas prendre du mitard.


MALIK

Les Corses vont se bouffer

entre eux.

Au mitard, je serai à l'abri.

T'as besoin de quelque chose?


RYAD

Je vais pas faire la chimio.

De toute façon, c'est foutu.


RYAD reste couché.


Au souper, MALIK, mange avec DJAMILA et RYAD. Il porte une djellaba.


RYAD

Regarde, la manche...


MALIK

Quoi?


RYAD

L'assiette, t'es en train

de la laver, là.


DJAMILA

Allez, mange un peu, Ryad.


RYAD

Je mange.


DJAMILA

Tu veux que je te fasse

autre chose?


RYAD

Non, merci.


DJAMILA

(Propos traduits de l'arabe)

(S'adressant à MALIK)

C'est bon?


MALIK

(Propos traduits de l'arabe)

Délicieux, merci.


DJAMILA

C'est bien.

Allez.


RYAD

Après, après.


MALIK s'amuse un peu avec l'enfant. RYAD ne semble pas bien. Ensuite, RYAD discute discrètement avec DJAMILA dans la cuisine. DJAMILA pleure.


MALIK

(Chuchotant)

Ça va.


Plus tard, MALIK prend soin du bébé qui pleure. Il finit par s'endormir avec le bébé couché sur lui.


Le lendemain, MALIK arrive à la prison. Il frappe sur la porte du guichet d'entrée.


GARDIEN

Oui?


MALIK

El Djebena, Malik. 35-114 T.


MALIK est amené en confinement. Des cris proviennent des autres cellules MALIK entre dans la cellule grise et sale et sans lumière. Pendant sa détention en isolement, MALIK s'entraîne pour passer le temps. 40 jours et 40 nuits. Au cours de ce laps de temps, les gardiens de mèche avec LUCIANI sont arrêtés. Des traîtres sont éliminés par des proches de CÉSAR. PROF est transféré ailleurs. CÉSAR semble s'en tirer. RYAD est de plus en plus malade.


Après un moment, MALIK ressent la solitude. Il cherche REYEB.


MALIK

(Propos traduits de l'arabe)

T'es là?

Oh?


RYAD meurt. Dans sa cellule, MALIK se réveille en sursaut. Il appelle REYEB.


MALIK

Tu es là?


MALIK se recouche croyant avoir rêvé. Au matin, MALIK est ramené à sa cellule. Dans la cour, CÉSAR marche seul. Il va s'asseoir auprès de deux autres détenus qui l'ignorent. Au fond de la cour, un groupe d'Arabes accueillent chaleureusement le retour de MALIK dans la cour. CÉSAR observe MALIK de loin. MALIK garde ses distance et reste près d'HASSAN et son groupe. CÉSAR lui fait signe. MALIK ne bouge pas. CÉSAR insiste du regard. Au bout d'un moment, CÉSAR se lève et va vers MALIK. Un des hommes avance vers CÉSAR.


DÉTENU ARABE

(S'adressant à MALIK)

Il se passe quoi

avec mon frère?


MALIK

Rien.


Les hommes d'HASSAN tentent d'empêcher CÉSAR d'approcher.


CÉSAR

(Repoussant les barbus)

Me touche pas.


CÉSAR se fait cogner et tombe dans la cour. Les hommes d'HASSAN retournent auprès de MALIK. CÉSAR se relève et s'en retourne à son banc.


Au bout d'un moment, MALIK est au poste des gardiens. Quelques-uns d'entre eux discutent du week-end à venir. MALIK met son empreinte sur une fiche et attend. Le gardien derrière le comptoir rapporte une boîte à MALIK.


GARDIEN

Tiens.

Tu vérifies que tout

y est et tu signes là.


MALIK ouvre la boîte déjà ouverte. À l'intérieur, il trouve une cigarette, un briquet et une fermeture éclair à moitié ouverte. Un petit bout de papier tout replié est aussi dans la boîte. C'est le billet qu'il avait dissimulé dans ses chaussures à son arrivée en prison. Il prend le billet, le glisse dans sa poche. Et pour le reste, il regarde le gardien.


MALIK

Poubelle, ça?


Au guichet de contrôle, MALIK attend ses documents de libération.


GARDIEN

Ton billet de sortie.

(S'adressant au poste de contrôle)

La porte.

(S'adressant à MALIK)

Allez, bonne chance, El Djebena.

Bonne journée, chef.


Dehors, les vieux amis de MALIK l'attendent à bras ouverts. DJAMILA est là avec son fils. MALIK avance vers elle.


MALIK

Ça va?


DJAMILA

(Propos traduits de l'arabe)

Il fait froid.]


MALIK

Oui, il caille.

C'est pas un temps

pour sortir, ça!

(Propos traduits de l'arabe)

Tu as pris le bus?


DJAMILA

(Propos traduits de l'arabe)

Oui.


MALIK

(Propos traduits de l'arabe)

C'est quand le prochain?


DJAMILA

(Propos traduits de l'arabe)

Dans une demi-heure.


MALIK

(Propos traduits de l'arabe)

On marche un peu?


DJAMILA

(Propos traduits de l'arabe)

Si tu veux.

Tu sais où tu vas habiter?


MALIK

Non.


DJAMILA

Si tu veux, viens à la maison.

Je dormirai avec le petit

et tu prendras sa chambre.


MALIK

Non, je veux pas

vous déranger.


DJAMILA

Tu nous déranges pas.


MALIK et DJAMILA marchent lentement. Derrière eux, trois voitures les suivent comme un cortège. L'enfant parle à sa mère qui lui répond.


DJAMILA

Le chat!

Oh!

Le chat? C'est le chat?


Titre :
Un prophète


Générique de fermeture

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